Gone With the Wind – Margaret Mitchell (1936)

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C’est totalement par hasard que j’ai mis la main sur cet ouvrage. En road trip de deux mois dans l’île du sud de la Nouvelle-Zélande, je suis tombée en panne de lectures. C’est en fouillant, sans conviction, dans les rayonnages d’une petite boutique de livres d’occasion de la ville de Wanaka que mon regard s’est posé sur la grande oeuvre de Margaret Mitchell. Mille pages pour un poids relativement léger, classique de la littérature américaine, c’était parfait pour une angliciste au sac à dos déjà bien lourd!

Je n’avais jamais été très attirée par Autant en emporte le vent. Beaucoup de décérébrées romantiques gens m’en avaient parlé, mais c’était toujours les yeux dans le vague, dans un soupir d’admiration pour le beau Rhett Butler, et j’avais de fait classé ce roman dans le rayon de la sentimentalo-niaiserie, à côté de Jane Austen et d’Elizabeth Gaskell (j’ai lu North and South depuis, et me suis rendu compte de mon erreur. Les préjugés auront ma peau).

Encore une fois, j’étais dans le faux. Et si, pour être honnête, ce n’est pas l’histoire d’amour entre l’intrépide Scarlett O’Hara et l’impertinent Rhett Butler qui m’a tenue en haleine (s’agit-il vraiment d’une histoire d’amour d’ailleurs?), le contexte historique est lui, absolument passionnant. On connaît plutôt bien, au moins dans les grandes lignes, la guerre de Sécession. La période qui suit – la Reconstruction – elle, reste largement méconnue et est pourtant, à mon sens, un moment de l’Histoire américaine absolument crucial et palpitant. Je l’avais très largement étudié il y a quelques années de cela, lorsque je préparais l’agrégation d’anglais, et j’ai été très surprise de voir à quel point le roman de Mitchell est fidèle, et très documenté sur la question (si j’avais su, je me serais contentée de lire Gone With the Wind à l’époque!). Il s’agit d’ailleurs de la compilation romancée de diverses histoires vraies collectées ça et là, ayant eu lieu pendant et après la guerre de Sécession.

La question de la Lost Cause, notamment, est passionnante (il s’agit d’une idée qui s’est installée dans l’esprit des sudistes quelques années après la guerre, selon laquelle le Sud n’aurait pas perdu parce que le Nord était « plus fort », mais parce qu’ils étaient en sous-nombre – ou comment réécrire l’histoire). De simple idée, c’est devenu un véritable mythe sudiste, probablement destiné à recoller entre eux les morceaux d’une aristocratie esclavagiste mise en pièce par les idées pseudo-humanistes du Nord (soyons honnêtes, 3 amendements plus tard, et les Yankees se sont bien désintéressés de la cause des anciens esclaves…). On retrouve dans le roman de Mitchell cette mythologie sudiste, cette nécessité d’ériger au rang de héros les gentlemen confédérés ayant perdu la vie dans une énorme injustice politique, cet effort permanent et inlassable de rebâtir un Sud aussi identique que possible à celui d’avant-guerre, là où les villes ont été mises à feu et à sang et les campagnes, plantations, domaines centenaires, ravagés par les raids de l’armée Yankee.

En vain, bien sûr, et dans le roman, nombreux sont les personnages errant dans un nouveau monde qu’ils ne comprennent pas, les yeux et le coeur constamment tournés vers un passé qui ne sera jamais plus, à l’instar du personnage d’Ashley Wilkes, jeune intellectuel et esthète  au destin brisé par son expérience sur le champ de bataille.

Et au milieu de cette désolation que l’on tente d’occulter sous une fierté toute sudiste, émergent deux figures « alpha », à qui l’acclimatation à un nouvel environnement ne fait pas peur…Scarlett et Rhett. Au respect des valeurs du sud, ceux-ci préfèrent la survie (et une survie confortable), qu’elle implique égoïsme, trahison, immoralité, opportunisme ou hypocrisie. C’est aussi cela, Gone With the Wind, à savoir un roman où il est possible, et aisé, de détester les héros.

Saisissez votre chance, Mesdames. Adieux héroïnes vertueuses qu’il est impossible de détester totalement, voici un roman où l’héroïne est un peu la meilleure amie que l’on adore haïr, et où tout est prétexte à le faire. Mesquineries, méchanceté, bêtise (si si, vraiment!), égoïsme, vous n’aurez jamais vu autant de vices dans une seule femme. Et même le dénouement – sacrément triste, il faut bien l’admettre -, ne parviendra pas à vous faire avoir de la peine pour elle. Très rafraîchissant.

J’ai ressenti un grand vide en refermant ce roman. On ne passe pas 1000 pages en compagnie des mêmes personnages, tous très humains et donc très attachants, à « vivre » une période historique aussi troublée et tragique, sans une pointe de regret. Pour la première fois de ma vie, moi qui déteste les pavés, j’ai regretté qu’un roman ne soit pas plus long.

(et si quelqu’un est au courant d’une fan-fiction qui serait le sequel du roman, et qui ferait de la vie de Scarlett un véritable enfer, je suis preneuse)

(Titre en français: Autant en emporte le vent)

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12 réflexions sur “Gone With the Wind – Margaret Mitchell (1936)

  1. Je l’ai lu il y a longtemps, je devais avoir entre 15 et 18 ans et le fait que tu dises que le contexte historique est bien documenté me donne bien envie de le relire. (avouons-le, même si j’aimais déjà l’Histoire, je n’ai malheureusement pas gardé en mémoire les détails).
    As-tu lu du Jane Austen au final ?

    • Shelbylee: je ne pensais pas trouver autant d’infos historiques, mais c’est une vraie mine d’or! Et pour Jane Austen, j’avoue piteusement que non, je n’arrive jamais à trouver le bon moment (je dois avoir un inconscient un peu réfractaire à Austen, pour une raison que j’ignore!). Disons que ce sera mon challenge perso de l’année!

  2. J’aime beaucoup ce roman, que j’ai lu plusieurs fois, et que je trouve absolument passionnant. Le contexte historique est merveilleusement restitué (tu en parles très bien dans ton billet), et m’intéresse au moins autant que les aventures de Rhett et Scarlett. Moi non plus, je n’aime pas les sentimentalo-niaiseries, mais le roman de Margaret Mitchell n’a rien d’une banale romance, et force est de constater que ses personnages sont pour le moins atypiques…
    L’oeuvre de Jane Austen est également bien plus subtile qu’il n’y parait au premier abord. Je te conseille d’essayer !

    • Miss Léo: C’est dommage que certains livres aient une réputation aussi réductrice. Faire de « Gone With the Wind » une simple histoire d’amour, c’est quand même manquer la moitié de l’intérêt du roman! Je suis certaine qu’il en va de même avec Jane Austen, et je me promets d’y remédier!

  3. Je te rejoins à 100% (et j’ajoute même que Jane Austen, c’est tout sauf une niaiserie romantico-chamallow!) Ce roman m’a transportée dans une décennie troublée et ce que j’ai préféré je crois c’est ce que tu décris très bien, cette double génération : celle qui reste figée dans un passé révolu versus celle qui avance quelques soient les dommages collatéraux. Superbe!

    • Je ne m’attendais pas non plus à trouver un roman aussi riche, aussi profond, et aussi bien mené, c’est un véritable chef d’oeuvre! Et cette période gagne vraiment à être connue, c’est une époque fondatrice de la société américaine à bien des niveaux. Merci beaucoup de ton passage ici, et promis, je ferai en sorte de changer d’avis sur Jane Austen!!

  4. Pingback: Autant en emporte le vent, Margaret Mitchell | Les lectures de Mauricette

    • Oh que oui, c’est un roman absolument fabuleux, qui est tout sauf niais! Je ne sais pas pourquoi il a cette image d’ailleurs, ça ne correspond absolument pas à ce que l’on trouve dans le roman.

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