Lucy – Jamaica Kincaid (1990)

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Lucy, à 19 ans, a quitté son île natale et a accepté à New York un emploi de jeune fille au pair. Loin de son quotidien, qu’elle trouve médiocre et limité, elle espère creuser un fossé infranchissable entre sa mère et elle, cette mère qu’elle trouve étouffante, exigeante, envahissante, mais à qui elle reproche, surtout, de n’avoir jamais reconnu son intelligence. Car là où ses frères ont eu une éducation et été les objets de projets de carrières prestigieuses, elle a toujours été destinée à une carrière d’infirmière, à être celle qui veille et prend soin des autres.

Maintenant qu’elle est à New York, Lucy se retrouve face à son fantasme, qui perd aussitôt de sa superbe. Il lui faut re-cartographier son existence, aussi bien géographiquement qu’émotionnellement, et ce n’est pas chose aisée. Le climat, la neige, ce soleil jaune pâle qui semble fatigué de briller, la fascination de son hôtesse, Mariah, pour les jonquilles…Comment lui expliquer qu’à ses yeux, les jonquilles ne sont qu’un mot appris dans un poème britannique, à l’école, sans même savoir à quoi ressemble une jonquille?

Malgré ces énormes différences culturelles, et refusant d’ouvrir toutes les lettres que sa mère lui envoie, Lucy tente de se construire dans un pays qui n’est pas le sien, et dans lequel elle n’est bien souvent qu’une « fille des îles », de n’importe quelle île – ça n’a après tout pas beaucoup d’importance -, ces îles où les américains vont en vacances pour s’amuser.

Jamaica Kincaid, originaire d’Antigua, s’inspire fortement de sa propre vie et brosse le portrait d’une jeune fille qui tente, de toutes ses forces, d’oublier son origine (géographique -son pays-, biologique – sa mère), et ne parvient, ce faisant, qu’à l’aimer et à le regretter davantage.

Comme beaucoup des auteurs de la « diaspora caribéenne » (ces auteurs qui ont quitté leur île natale pour s’établir en « occident »), Jamaica Kincaid évoque des questions extrêmement poignantes, dans lesquelles il est aisé de se retrouver. La relation à la mère, que ce soit la génitrice ou le pays, qui sont à la fois une part de notre identité et une chose contre laquelle nous nous construisons tous. La quête d’un chez-soi, l’amour, l’Autre, soi…

Heureusement dotée d’un prénom hautement symbolique, Lucy ne tardera pas à réaliser que cette « lumière » qu’elle cherche, est en fait tout près.

(Titre français: Lucy)

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4 réflexions sur “Lucy – Jamaica Kincaid (1990)

    • Un très bon roman encore une fois, plein de thématiques intéressantes sur le déracinement, l’identité, le rapport à la mère…Vraiment bien!

  1. Je viens d’aller voir pour le mettre sur ma wishlist et elle a deux publications prévues pour cet été dont l’autobiographie de sa mère… peut amener un éclairage intéressant après la lecture de ce roman et des autres que j’ai noté.

    • Merci de partager ces informations, que je note tout de suite! Il faut vraiment que j’en lise d’autres de cet auteur, cette première lecture m’avait beaucoup plu.

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