White Noise – Don DeLillo (1984)

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Jack Gladney est un américain moyen. Père d’une famille recomposée, professeur à l’université, au quotidien sans grand intérêt. Cependant, sous cette déprimante normalité, des idiosyncrasies quelque peu dérangeantes se mettent peu à peu à percer. Son épouse, Babette, est obsédée par le sport et par le vieillissement de son corps. Heinrich, son fils questionne absolument toute certitude. Steffie, sa fille, est hypocondriaque.

Et à bien y regarder, le quotidien n’est pas si normal que cela. Jack, fondateur d’un département d’études sur Hitler, admire l’esthétique du IIIème Reich pour son côté ordonné et aseptisé, rassurant. Babette, lorsqu’elle ne déambule pas aux côtés de son mari dans les rayons familiers du supermarché, regarde la nuit, postée à la fenêtre, ressassant son angoisse de mourir. La société de consommation, l’élément populaire, sont partout, omniprésents, intégrés au quotidien de chacun. La télévision, les médias et leurs slogans s’infiltrent dans la vie, dans les rêves des enfants qui murmurent dans leur sommeil des noms de voitures, dans la fibre même du texte. Le superficiel, le populaire, est réconfortant. Il n’appelle aucune remise en question, il est là, donne l’impression d’être vivant, tout le temps, pour toujours.

Cette apparente stabilité va être ébranlée le jour où un nuage hautement toxique survole la ville. Jack apprend alors qu’il y a été trop longuement exposé, et que malgré le manque d’informations sur les effets de ce gaz sur l’humain, il risque d’en mourir, un jour, peut-être.

La paranoïa saisit alors toute la famille. Bien que Jack n’en ait parlé à personne, l’angoisse de mourir générale s’accentue. Babette, notamment, se met à prendre en cachette des pilules inconnues de tous les médecins. Des pilules à l’essai, encore en test, et qui parviendraient soit-disant à guérir la peur de la mort…

 C’était la première fois que je lisais un roman de Don DeLillo, je ne savais donc pas du tout à quoi m’attendre. A vrai dire, je l’avais choisi pour son titre, White Noise. J’ai toujours trouvé cette association de couleur et de bruit à la fois extrêmement poétique et mystérieuse. J’ai été un peu décontenancée, au début, par le style très neutre et très détaché du roman, comme si le personnage principal était toujours un peu « à côté » du quotidien dans lequel il évolue. Cela dit, les traits de tous les personnages sont souvent tellement décalés et singuliers que je me suis surprise à rire tout haut. On se retrouve malgré tout parfois dans le côté risible et ridicule de ces êtres qui mettent tellement d’ardeur, de passion et de foi à nier la plus basique des évidences: nous allons tous mourir, d’une façon ou d’une autre. Et la vision de l’auteur de cette société moderne qui voue un culte à une époque de vide et de faux-semblants, d’apparences et de on-dits, de gavage télévisuel et médiatique, est absolument tragique, et à la fois admirable.

(Titre français: Bruits de fond)

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2 réflexions sur “White Noise – Don DeLillo (1984)

    • Ce n’était pas « si » glauque, juste très réaliste. Evidemment, dès qu’il s’agit de la mort, nous n’avons pas vraiment envie d’être réalistes…

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