The Jew of Malta – Christopher Marlowe (circa 1590)

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Mais qui a dit que le théâtre élisabéthain devait nécessairement être rébarbatif à lire? Cela fait bien longtemps que je ne me suis pas autant amusée en lisant du théâtre! Le personnage de Marlowe, en lui-même, est absolument passionnant. Brillant dramaturge, mais aussi membre actif dans des conspirations européennes, anti-conformiste, arrêté plusieurs fois pour violence et agressions, et finalement tué dans une rixe obscure d’un coup de poignard dans l’oeil, Marlowe est l’antithèse de l’écrivain que l’on imagine sagement assis à son bureau, le nez dans les livres.

Sa pièce de théâtre prend pour cadre le siège turc de l’île chrétienne de Malte dans les années 1560, mais s’inspire  surtout d’idées ayant court à l’époque où le texte est rédigé. Entre autres, il fait écho à l’anti-sémitisme triomphant qui régnait en Angleterre à la fin du XVIème siècle, et à la haine des marchands supposés « jouer sur plusieurs tableaux », à savoir, copiner avec différents pays en guerre les uns contre les autres. Imaginez-donc, lorsque comme le personnage de Barabas, vous étiez juif ET marchand…Sans mentionner que ce même Barabas est l’incarnation même des préceptes de Nicolas Machiavel, à savoir la poursuite d’une fortune personnelle par tous les moyens possibles, y compris le mensonge, la manipulation, le complot, et la cruauté.

Le portrait est sans pitié, n’est-ce pas?

Pourtant, loin d’adhérer à tous ces préceptes, l’auteur se moque tout autant des chrétiens, et c’est à se demander si la pièce n’a pas pour réel but de mettre les chrétiens face à leurs propres (et nombreux) défauts et hypocrisies…

Barabas, marchand à Malte, est sommé (ainsi que tous les juifs de l’île) par le gouverneur de céder la moitié de sa fortune afin de payer aux turcs un tribut bien trop cher pour les maltais. Essuyant un refus, le gouverneur saisit alors tous ses biens et transforme sa maison en couvent. Barabas enrage, et jure de se venger. Ne reculant devant rien, il oblige sa fille à se convertir au christianisme afin d’intégrer le couvent dans lequel certains de ses trésors sont encore cachés. Mais la soif de vengeance de Barabas est sans fin, et chaque méfait en appelle alors un autre, toujours plus atroce et, littéralement, toujours plus machiavélique. Grâce à une terrible machination, il parvient à éliminer le fils du gouverneur sans être soupçonné, décime l’intégralité du couvent (dont sa fille, donc) afin d’empêcher celle-ci de dévoiler ses agissements, se débarrasse ensuite de deux moines qui commencent à avoir des doutes sur la bonne foi de Barabas, bref, le marchand n’a plus aucune limite et s’enfonce petit à petit dans un cercle vicieux dont il lui sera difficile de sortir.

Cette surenchère est véritablement hilarante, et rappelle la farce plus que la tragédie, malgré les thèmes pour le moins tragiques. C’est en plus un bel aperçu des idées de l’époque, sur lesquelles j’ai vraiment envie de me pencher davantage à présent!

(Titre français: Le juif de Malte)

Lecture faite dans le cadre du challenge En Scène!

CategorieShakespeare

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2 réflexions sur “The Jew of Malta – Christopher Marlowe (circa 1590)

  1. un auteur que je n’ai jamais lu, il faudrait que je m’y penche! Je le note comme participation au challenge théâtre, à bientôt!

    • Je te conseille vivement cette pièce, très drôle. Jouée, elle doit être fabuleuse (mais je ne sais pas si le politiquement correct le permettrait malheureusement…)

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