After leaving Mr Mackenzie – Jean Rhys (1931)

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Jean Rhys est l’un des trois auteurs sur lesquels je travaille dans le cadre de ma thèse. Mais comme je m’intéresse exclusivement à la forme de la nouvelle, je n’ai pas encore fini de lire le reste de son oeuvre.

After leaving Mr Mackenzie raconte l’histoire de Julia Martin, trentenaire aux origines imprécises (Europe de l’est? Amérique du sud? Caraïbes?), exilée à Paris où elle vient d’être abandonnée par son amant, le fameux Mr Mackenzie. Désormais seule et sans ressources, Julia erre dans la ville, logeant dans des hôtels sordides, fatiguée de vivre, lasse de sa dépendance malsaine mais nécessaire aux hommes. Elle recontacte d’anciens amants, quémandant de l’argent pour survivre, rencontre d’autres hommes qui sont à la fois attirés et effrayés par cette femme qui semble n’avoir plus aucun garde-fou.

Julia finit par retourner à Londres, recherchant sans se l’avouer l’affection d’une soeur et d’une mère qu’elle n’a pas vues depuis plusieurs années, et se heurtant à l’image d’une mère mourante, et à une soeur en colère qui refuse de l’aider. Même son protecteur londonien, lui aussi ancien amant, s’est lassé d’elle et lui annonce après un dernier chèque sa décision de ne plus l’aider financièrement.

Elle revient donc à Paris, persuadée qu’il est plus facile d’y survivre qu’à Londres, mais n’y parvient qu’avec l’aide d’un autre bienfaiteur. Evidemment rien n’est gratuit, et tout don d’argent appelle certaines faveurs en retour, faveurs que Julia refuse à présent d’accorder. Son chemin recroise alors celui de Mr Mackenzie, pour une dernière confrontation, inversant le rapport de force…

Jean Rhys est une habituée des personnages féminins perdus, exilés géographiques ou de leur statut même de femme, souvent des deux. Si Julia apparaît dans ce roman, une fois encore, comme une femme désabusée n’ayant plus rien à attendre de la vie, maltraitée et heurtée par des hommes qui ne voient que son aspect extérieur et jamais son unicité, sa particularité, il est aisé de remarquer la lâcheté attribuée aux hommes. Et cette même lâcheté fait de Julia une femme qui, sans le savoir, possède une force infinie. Car que peut un lâche face à une femme qui n’a plus rien à perdre?

(Titre français: Quai des Grands-Augustins)

Lu dans le cadre du challenge « Lire avec Geneviève Brisac« .

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15 réflexions sur “After leaving Mr Mackenzie – Jean Rhys (1931)

    • Shelbylee: sans vouloir avoir l’air de prêcher pour ma paroisse, c’est un auteur fantastique! Elle est surtout connue pour « La Prisonnière des Sargasses » (Wide Sargasso Sea), et d’ailleurs, si tu as lu et aimé Jane Eyre, je te conseille de commencer par ce roman là! Il s’agit du prequel du roman de Brontë, qui raconte la jeunesse aux Antilles de Bertha Mason, la femme de Rochester. C’est un magnifique roman.

  1. Ce sont des femmes perdues mais qui ont rompu de ce fait avec certains codes sociaux et pour moi c’est cette situation qui paradoxalement leur donne une certaine liberté. Effectivement elles se sont délestées de tout ce qui peut-être entravent les femmes, une sorte de dépouillement, l’abandon d’une vie bourgeoise avec mari et enfant, dans un rôle subalterne, respectable pour une situation certes inconfortable, douloureuse et parfois désespérée mais qui peut être l’occasion d’aller plus loin ou ailleurs. Je sais c’est une vision qui est relativement optimiste. mais Jean Rhys l’a fait car son œuvre est en partie autobiographique, donc elle l’a fait : elle est devenue écrivain. L’écriture pour les femmes a été une arme de combat.

    • Je suis partiellement d’accord avec toi. D’accord en ce qui concerne Jean Rhys, puisque comme tu le dis, elle est devenue écrivain. Encore que, lorsqu’elle a été récompensée pour Wide Sargasso Sea, elle était déjà à la fin de sa vie et a jugé elle-même que la célébrité arrivait « trop tard ». Car c’est en quelque sorte grâce à Wide Sargasso Sea que JR est si connue, pas grâce à ses oeuvres précédentes.
      D’autre part, si elle a réussi, ses héroïnes sont toutes dans une impasse, dans une espèce de cercle vicieux répété à l’infini qui n’offre aucune possibilité d’un « mieux ». Avortement, séparation, envie de mourir, on ne peut pas dire que l’on assiste à une quelconque prise de pouvoir chez les héroïnes de Rhys. En tout cas pas dans les faits, et c’est évidemment dans la toile du texte que tout se passe…

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