La Mort qui fait le trottoir (Don Juan) – Henry de Montherlant (1956)

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Je continue à piller les étagères de mon bureau à l’université et découvre ainsi des auteurs que je  n’ai jamais lus. Je connaissais Henry de Montherlant de nom, mais j’avoue humblement que c’était bien tout. Honteux, quand on sait qu’il s’agit tout de même d’un ancien académicien!

La Mort qui fait le trottoir est une réécriture de Don Juan, à une époque où Dieu n’existe plus pour faire de cet homme une insulte à la religion et l’incarnation de la révolte contre Dieu, mais simplement, éventuellement, un être vaguement immoral. Pourtant, il est permis de douter de tout, même de cela. Car le Don Juan de Montherlant, loin d’aimer faire souffrir les femmes pour son propre plaisir, fait montre d’une bonté, d’une sollicitude et d’une générosité à l’égard de son prochain sans précédent. Il aime toutes les femmes qu’il a possédées, sincèrement, avec dévouement.

Ce Don Juan là est un soixantenaire ridicule, dragueur et non séducteur, qui réalise qu’il va mourir et tente d’oublier cela dans des bras de femmes. Des belles, des jeunes, mais aussi des moins jeunes, des laides…Tout, pourvu que l’étreinte lui fasse oublier son statut de mortel. Aidé de son bâtard de fils, Alcacer, il met au point des stratagèmes pour séduire, dans une Séville en émoi où tout le monde ne recherche qu’un homme: l’homme ayant défloré Ana de Ulloa, la fille du Commandeur de la ville. Si tout le monde accuse le Duc Antonio, il s’agit bien évidemment de Don Juan, qui s’empresse d’aller se dénoncer au Commandeur. Il ne saurait supporter qu’un autre homme soit exécuté à sa place…Dans un duel avec le Commandeur, il tue ce dernier sans le vouloir, et doit donc prendre la fuite.

Loin du beau et ténébreux Don Juan auquel nous sommes habitués, Henry de Montherlant brosse le portrait d’un Don Juan un peu bouffon, un peu absurde, et à la fois constamment hanté par sa propre mort. Cette version, (moins flatteuse, il est vrai, mais tout aussi passionnante) avait choqué la critique et la réception de la pièce à Paris fut un véritable désastre. A mon sens pourtant, Don Juan gagne ici en épaisseur et en profondeur. Cet homme en « fin de parcours » regarde en arrière, contemple sa vie avec nostalgie, tandis que sur le masque qu’il porte à l’accoutumée se superpose petit à petit le visage de la mort…

Je clos ce billet sur une citation du livre:

« Tout ce qui ne me transporte pas me tue. Tout ce qui n’est pas l’amour se passe pour moi dans un autre monde, le monde des fantômes. Tout ce qui n’est pas l’amour se passe pour moi en rêve, et dans un rêve hideux. Entre une heure d’amour, et une autre heure d’amour, je fais celui qui vit, je m’avance comme un spectre, si on ne me soutenait pas je tomberais. Je ne redeviens homme que lorsque des bras me serrent; lorsqu’ils se desserrent je me fais spectre à nouveau » (Acte II, Scène 4)

Lecture faite dans le cadre du challenge En Scène!

CategorieShakespeare

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4 réflexions sur “La Mort qui fait le trottoir (Don Juan) – Henry de Montherlant (1956)

    • C’est tout à fait ça! C’est un Don Juan résolument humain, dont chaque argument peut être discuté, comme nous le ferions d’un proche un peu paumé (et c’est ce que fait son fils d’ailleurs). Vraiment rafraîchissant!

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