After the hanging & other stories – O.V. Vijayan (1989)

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Lorsqu’au détour d’une lecture théorique sur la littérature indienne j’ai croisé le nom d’Ootupulackal Velukkuty Vijayan (nous l’appellerons O.V. si vous le voulez bien!), j’ai tout de suite su que j’allais lire quelque chose de très spécial. L’auteur, décédé il y a huit ans, reste largement méconnu du lectorat occidental, mais est une figure majeure de la littérature indienne. Ecrivant dans un dialecte du sud-ouest de l’Inde, le Malayalam, l’auteur a traduit seul un bon nombre de ses oeuvres, dont celle-ci, que j’ai eu le bonheur de trouver éditée chez Penguin.

Ce recueil de nouvelles, publié à la fin des années quatre-vingt, est composé de textes écrits sur une période de près de vingt-cinq ans. Il se divise en plusieurs sections: « Allegories of Power », « Fantasies and Romances », « The Stream of Harmony », et « The Diversions ». Le recueil s’ouvre sur lesdites allégories du pouvoir, historiquement très marquées, et pour cause. S’inspirant de l’Etat d’Urgence déclaré en Inde en 1975 par Indira Gandhi, pendant lequel la plupart (pour ne pas dire toutes) des libertés civiles ont été suspendues, les quatre premières nouvelles écrivent de façon métaphorique le fascisme d’une époque terrible, pendant laquelle des sévices innommables ont été commis sur les classes les plus pauvres (des castrations forcées, par exemple…). Ainsi, tandis que la nouvelle « The Wart » (la verrue) raconte l’histoire d’un homme qui se retrouve un jour porteur d’une verrue qui, de simple désagrément se transforme en phallus géant violant une femme jusqu’à son décès, et reviolant son cadavre dans une frénésie absolument fanatique, la seconde nouvelle, « The Foetus », raconte l’histoire d’un embryon quittant la matrice maternelle chaque nuit pour aller tuer et semer la panique dans tout un village.

Si l’allégorie est extrême et fortement dérangeante, l’histoire de l’Inde n’est jamais loin, et rien n’est jamais gratuit. L’homme à la verrue devient l’image de cette Inde défigurée par la violence infligée à son petit peuple, et le foetus, l’allégorie de la politique enfantée par Indira Gandhi, qui détruit son propre pays. J’ai été tellement saisie et émerveillée devant la force et la qualité de ces deux nouvelles, qu’avant même d’aller plus loin dans ma lecture, je les ai toutes deux relues. Elles sont absolument incroyables de puissance et de justesse.

Les trois autres sections du recueil abandonnent totalement la politique pour se pencher sur l’amour, la transcendance, la religion. Et là, on ne compte plus les joyaux. Chaque nouvelle est une pépite, d’une beauté incroyable, d’une finesse et d’une force qui font presque mal. Nombreuses sont les fois où j’ai eu une boule au ventre, ou à la gorge, en terminant un texte. Que dire de « The Sleeping Valley », où cet homme raté explique à un ami d’enfance qui lui, a réussi, pourquoi il s’est allongé sur les rails de la voie ferrée? De « The Airport », où se croisent dans un vieil aéroport à l’abandon ceux qui regrettent l’époque de leurs départs, et ceux qui reviennent inlassablement attendre ceux qui sont partis et ne sont jamais revenus? De « After the Hanging », où un vieil homme se voit rendre la dépouille d’un fils exécuté en prison, mais qui n’ayant pas d’argent pour une sépulture, la remet aux « soins » de l’institution, avant d’improviser un semblant de funérailles célestes à l’aide d’un petit baluchon de riz désséché, avec l’océan comme seul témoin?

J’ai adoré chacune des nouvelles de ce recueil, qui sont à mon sens de vrais petit chefs-d’oeuvre. C’est même au delà de ça. C’est un recueil qu’on lit d’une traite, dans un état second, avec délice.

Et toujours, avec cette petite douleur ponctuelle qui revient quand la beauté devient trop dure à supporter.

(Pas de traduction française à ma connaissance, malheureusement)

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10 réflexions sur “After the hanging & other stories – O.V. Vijayan (1989)

  1. Douce Lyre, puisque tel est ton surnom, je continue à être enchantée par le choix de tes lectures, qui correspondent très souvent à mes goûts et centres d’intérêts personnels, et par la manière talentueuse et vibrante dont tu nous en fais part. J’avais lu un article sur cet auteur le connu dans Télérama il y a quelques années ; ce qu’ils en disaient m’avait plu mais je n’avais pas sauté le pas… jusqu’à aujourd’hui, grâce à toi!

    • Chère Sabbio, rien ne me fait plus plaisir que de convertir quelqu’un à la lecture de cet ouvrage magnifique! Oui, je remarque aussi que nous avons des centres d’intérêt communs, et je m’en réjouis. Hâte de savoir ce que tu auras pensé du recueil de Vijayan!

  2. J’ai regardé sur Am**** et je ne trouve que ce recueil et seulement en occasion, sinon un autre de ses livres mais en français, c’est tout! C’est fou que ses œuvres soient si rares!

    • Oui j’avais regardé aussi par curiosité, on ne trouve vraiment pas grand chose…En revanche on en trouve plus sur mon site fétiche AbeBooks.com, d’occasion par contre. Bon, dans ce cas je vais devoir le traduire moi-même 😉

    • Pas du tout! Tu as un .fr et un .com, j’y ai commandé des dizaines de livres et n’ai jamais eu un seul problème, on y trouve de tout, et pour un prix dérisoire. C’est mon adresse fétiche, des petits libraires ou particuliers qui vendent des livres et les envoient dans le monde entier. J’espère que tu y trouveras ton bonheur (je n’en doute pas, en fait!).

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