Captain Corelli’s Mandolin – Louis de Bernières (1994)

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Je ne pensais pas lire ce livre aussi vite, mais cette jolie couverture m’a convaincue de l’acheter immédiatement et de le commencer dans la foulée (je vais me faire assassiner  à l’embarquement, lorsque l’hôtesse au sol découvrira que j’ai 56kg de livres dans ma valise!).

Comme son nom ne l’indique pas du tout, Louis de Bernières est anglais, et a un parcours tout à fait atypique. Il a été soldat, mécanicien, professeur d’anglais et même gaucho en Amérique du Sud. Je suis admirative et envieuse! Et comme sa plus grande oeuvre, Captain Corelli’s Mandolin, tord le cou à certains mythes grecs (sujet auquel je m’intéresse beaucoup en ce moment), j’étais deux fois plus pressée de le lire.

Cela dit, j’étais aussi méfiante. L’adaptation cinématographique, que je n’ai pas vue, a la réputation d’être d’une innommable mièvrerie (avec Penelope Cruz et Nicolas Cage dans les rôles principaux, pouvait-on s’attendre à mieux?), et les critiques étaient sans appel. M’apprêtais-je à lire un mélo dégoulinant sur fond de Seconde Guerre Mondiale?

Heureusement, il n’en fut rien! L’histoire commence au début des années 40. L’armée italienne, aux ordres d’un Duce aussi mégalomane qu’inconséquent, se retrouve à occuper la Méditerranée pour satisfaire l’hégémonie germanique. La Grèce, en particulier, semble présenter un grand intérêt stratégique, et le bataillon du Capitaine Corelli se retrouve posté sur la petite île de Céphalonie. Après des débuts difficiles, le Capitaine, personnage atypique et fin musicien, se fait petit à petit accepter par les habitants du village que ses hommes et lui-même occupent. Il faut dire que pour les italiens réquisitionnés par l’armée sans trop comprendre pourquoi, et les grecs qui n’entendent pas grand chose à cette grande guerre, l’objectif est le même: survivre à l’abri de la folie meurtrière qui règne au nord de l’Europe.

Le chemin du Capitaine Corelli croise alors celui de la jeune et belle Pelagia, fille du médecin du village, qui commencent à se lier d’amitié avant de tomber amoureux l’un de l’autre. Très convenu, me direz-vous, cette histoire d’amour impossible entre oppresseur et opprimé! J’ai craint à un moment que le roman ne devienne une histoire d’amour de plus. Après près de 150 pages sans mention dudit Corelli, alternant les voix des nombreux acteurs de cette partie de l’Histoire dans une polyphonie absolument délicieuse, le roman se recentre sur la vie dans ce village de Céphalonie où malgré la dureté de la situation, la vie semble être bien douce. Un beau jour pourtant, le destin frappe. Les nazis envahissent l’île, décimant l’armée italienne qui, après plusieurs années de cohabitation avec les grecs, a changé de bord. Corelli est obligé de fuir l’île, et quitte Pelagia en ne lui laissant qu’une chose: sa mandoline, gage de son retour.

Les années s’égrènent. Une guerre civile entre communistes et royalistes. Des milices perpétrant d’atroces meurtres sur la population. Un tremblement de terre effroyable en 1953. Une orpheline laissée sur le pas de la porte de Pelagia. La mort de son père, Iannis. La naissance d’un petit-fils qui quelques années après se prend de passion pour la mandoline…

Antonio Corelli n’a jamais donné signe de vie, elle ne s’est jamais mariée. Pelagia a plus de 60 ans lorsqu’un beau jour, un vieil homme se présente à sa porte…

Je n’en dirai pas plus, pour ne pas dévoiler la fin de ce très beau roman, beaucoup moins convenu que ce que l’on pourrait croire. Donnant d’abord la parole à une galerie de personnages masculins que nous suivons sur plusieurs dizaines d’années (Mandras, le jeune illettré fiancé à Pelagia, qui rejoindra une milice communiste et deviendra un tueur. Carlo, le vaillant et fidèle soldat obligé de cacher son homosexualité. Le Docteur Iannes, qui  pendant son temps libre tente difficilement d’écrire l’histoire de l’île de Céphalonie…), le roman se focalise brusquement sur Pelagia, et par son biais, sur les femmes du village. Non pas dans le but de faire de cette histoire de guerre une histoire d’amour, mais pour faire de cette guerre masculine, une guerre menée aussi par les femmes. Pelagia, décrite lors de ses fiançailles avec Mandras comme une Pénélope éplorée défaisant constamment le dessus de lit en crochet qu’elle tache de faire pour son trousseau, devient la femme qui s’empare de la plume avec laquelle elle écrira, à la mort de son père, l’histoire de l’île de Céphalonie.

Du coup, je comprends encore moins la romance écoeurante entre Nicolas Cage et Penelope Cruz, alors que Louis de Bernières compose ici, selon moi, un livre qui réécrit l’Histoire de la Grèce, depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, selon un point de vue féminin, celui des femmes au nom desquelles les hommes font la guerre, tout en les maintenant perpétuellement à l’écart de l’Histoire.

J’ai passé un excellent moment en compagnie de ce livre, qui est tour à tour drôle (le chapitre faisant parler Mussolini est absolument génial), émouvant sans jamais être niais, léger tout en sachant être d’une grande profondeur, et qui présente l’avantage de dépeindre la Seconde Guerre Mondiale sous un angle peu commun:  celui des grecs et de l’armée italienne.

(Titre français: La Mandoline du Capitaine Corelli)

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11 réflexions sur “Captain Corelli’s Mandolin – Louis de Bernières (1994)

  1. J’aime également cette couverture aux couleurs grecques et cela semble bien plus riche et complexe que ne laisse penser ce que j’ai pu entendre au sujet du film que je n’ai pas vu et ne cherche pas à connaître.

  2. Ton avis m’a convaincue ! L’arrière-plan historique m’intéresse surtout sur un sujet aussi peu traité en général. Par contre, la couverture française est affreuse !

    • Je ne sais pas ce qu’ils ont, les éditeurs, à sortir des couvertures immondes! Quand je vois que j’ai acheté ce livre précisément parce que la couverture m’a tapé dans l’oeil, ils se tirent une balle dans le pied à fonctionner ainsi!
      Oui la période est passionnante, et c’est très rafraîchissant de la lire depuis un point de vue marginal!

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