The Artist of Disappearance – Anita Desai (2011)

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Anita Desai est la seconde des trois auteures sur lesquelles je travaille dans le cadre de ma thèse, après Jean Rhys. Autant dire que vous aurez l’occasion de la recroiser en ces lieux: je suis en train de relire toutes les oeuvres de mes auteures! (je n’ose même pas imaginer le temps que cela va me prendre…)

The Artist of Disappearance est en réalité le titre de la dernière des trois longues nouvelles ou « novellas » qui composent ce recueil éponyme. J’appréhendais un peu de le relire, je l’avais mis de côté depuis la toute première lecture que j’en avais faite, car la première nouvelle, intitulée « The Museum of Final Journeys » a un effet dévastateur sur moi. Elle m’avait littéralement bouleversée la première fois, pour un tas de raisons, et je ne faisais pas la fière à l’idée de devoir remettre le nez dedans. C’est donc armée d’un crayon et en mode « étude de texte » que j’ai tenté de déjouer mes émotions. Ça s’est plutôt bien passé, la « froideur de l’oeil scientifique » est parvenue à tenir tout cela à distance!

Cette première nouvelle raconte donc l’histoire d’un jeune officier indien prenant son poste dans une région rurale extrêmement reculée, qu’il déteste. Le confort est absent, il est seul, s’ennuie, n’aime pas son travail, et rêve aux livres d’aventures qu’il lisait enfant. Un beau jour vient le trouver un vieil homme, qui lui révèle l’existence d’un immense musée particulier, sorte d’énorme cabinet de curiosités, quelque part dans une région voisine naguère peuplée de richissimes et prospères familles aujourd’hui disparues. La légende est donc vraie, ce musée existe…Il n’en faut pas plus au jeune officier pour accepter de s’y rendre. Mais une fois sur place, l’excitation fait place à la désillusion. Le musée se transforme en cauchemar, oppressant, poussiéreux, étouffant. La dernière pièce du musée, aussi colossale qu’inattendue, porte le coup de grâce au jeune homme. C’est en réalité son aide que le vieil homme est venue chercher, aide d’autant plus précieuse que, sans lui, une mort certaine attend les anciens domestiques de cette propriété délaissée par ses propriétaires…

La seconde nouvelle, « Translator Translated » est elle aussi effroyable, mais dans un tout autre registre. Prema, une modeste professeure d’anglais, passionnée par l’oeuvre d’une écrivaine de langue Oriya, retrouve plusieurs dizaines d’années après une ancienne camarade de classe, Tara, devenue éditrice. Celle-ci, désireuse de publier des traductions d’auteurs régionaux, propose immédiatement à Prema de traduire un recueil de son auteure fétiche, afin de le publier. Prema, qui a vu ses espoirs littéraires piétinés par son manque de talent, voit alors ceci comme une opportunité de « devenir quelqu’un ». Complètement grisée par cette nouvelle activité, Prema en vient à mélanger son statut de traductrice et celui d’auteure. Son rôle est presque divin, elle fait naître le texte dans une nouvelle langue, et devient, en tout cas pour elle, son auteure. Lorsqu’elle commence à traduire la dernière oeuvre non encore publiée de son auteure préférée, et s’aperçoit qu’elle est mauvaise, Prema entreprend de la réécrire entièrement, et de remettre sa nouvelle version à Tara, comme simple traduction. Evidemment, le mensonge de Prema va être mis à jour…

Enfin, la dernière nouvelle narre l’histoire de cette équipe de tournage de Delhi, qui arrive dans une région rurale pour y tourner un reportage sur les effets de la déforestation et des exploitations minières sur le paysage. Et si l’équipe peine à trouver des interlocuteurs dignes de confiance, elle fait fortuitement la découverte d’une sorte d’antre, de clairière cachée, où la nature a été assemblée par une mystérieuse main humaine, pour former une véritable oeuvre d’art. Malheureusement, son auteur reste introuvable au grand dam des reporters, qui ignorent tout de ce marginal, de cet ermite qui n’a qu’une idée en tête, recréer un univers secret, à sa mesure…

Un beau recueil, qui s’interroge sur les questions d’héritage, d’art et d’autorité dans le contexte indien, le tout sous la plume froidement poétique d’Anita Desai (que j’aime beaucoup, vous imaginez bien!).

(La traduction française paraîtra le 12 avril 2013 sous le titre L’art de l’Effacement, chez Mercure de France)

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4 réflexions sur “The Artist of Disappearance – Anita Desai (2011)

    • Elle a aussi écrit des romans fabuleux! (mes préférés, « In Custody » et « Clear Light of Day » qui sont des petits bijoux – « In Custody » avait d’ailleurs été nominé pour le Booker Prize à l’époque).

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