Kim – Rudyard Kipling (1901)

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Kim est un jeune orphelin irlandais né et éduqué en Inde, par les locaux. Son père, soldat dans l’armée britannique, est décédé en ne lui laissant que quelques papiers attestant de son identité et de celle de sa famille. Pourtant, loin d’avoir souffert, Kim a grandi comme un véritable petit indien, dans la rue, et est devenu un jeune adolescent rusé et plein de ressources, qui aime tromper son monde en se faisant passer tantôt pour un britannique, tantôt pour un indien.

Sa rencontre avec un lama venu faire un pèlerinage sur les lieux importants de la vie de Buddha, et à la recherche d’une certaine « Rivière de la Flèche » qui absoudrait tous les péchés de quiconque se baignerait dedans, le pousse à quitter sa ville de Lahore pour partir sur les routes indiennes comme guide du vieil homme. Pourtant, une prophétie lui a prédit que son destin était lié à un certain « taureau rouge dans un pré vert », et sa route ne tarde pas à croiser celle d’un bataillon anglais dont l’étendard représente, justement, le fameux animal…

Kim en tant qu’orphelin britannique, est donc éduqué pendant trois années, comme un bon petit anglais. A un détail près, il est éduqué de façon à en faire un parfait petit espion pour le compte de l’Empire Britannique. Cartographie, sens de l’observation, langage codé, Kim devient un espion d’autant plus prisé qu’il connaît l’Inde comme sa poche, culturellement comme géographiquement. Et dans un contexte politique aussi compliqué que celui des années 1880-90 en Inde, ces atouts sont inestimables…

En effet, le roman se déroule à la fin du 19ème siècle, une époque où les ambitions impérialistes de toutes les grandes nations sont à leur apogée. L’Orient, notamment, dans ce qu’on appelle le « Grand Jeu », est disputé par les anglais, installés en Inde, et la Russie, qui en briguant la Perse, le Tibet et l’Afghanistan, se rapprochent dangereusement de l’Inde. La frontière nord-ouest du pays devient donc le haut-lieu de toutes les angoisses et stratégies politiques, du trafic d’armes, de l’espionnage, etc. Et Kim va donc se retrouver tiraillé entre sa loyauté envers l’armée britannique et ses racines, et son amour de l’Inde et du lama qu’il a juré de suivre.

Je m’aperçois en écrivant ce billet à quel point le contexte historique est passionnant, et à quel point l’histoire de Kim l’est aussi. Pourtant, je dois admettre que j’ai eu un mal fou à rentrer dedans, et que ce roman m’a laissée de marbre. J’ai tourné les pages la mort dans l’âme, n’attendant qu’une chose: la dernière. Les centaines de références à des choses qui me sont totalement inconnues, les termes en langues régionales, les infinies notes de bas de page ont eu raison de ma concentration, et m’ont rendue totalement imperméable au roman. Heureusement que j’avais entre les mains une édition critique, sans quoi je n’aurais jamais eu la chance de comprendre de quoi il retournait politiquement parlant.

Kipling nous balance littéralement « dans le bain », sans daigner clarifier quoi que ce soit pour des lecteurs qui, finalement, ne devaient pas être très différents de moi en ce qui concerne leur connaissance de la culture indienne. Car il ne s’agit nullement d’un roman d’inspirant de l’Orientalisme très en vogue en Europe à cette période, qui fantasmait et réinventait totalement l’Orient, mais bel et bien d’un roman écrit par quelqu’un ayant lui-même vécu en Inde, et la connaissant sur le bout des doigts. Et si je conçois sans mal que cette difficulté fasse précisément partie de la stratégie de l’auteur – celle de montrer l’Inde telle qu’elle est réellement, hybride, complexe et multiculturelle et non comme l’Empire aimait à la représenter -, je suis tout de même déçue de n’avoir pas été un peu plus aidée.

Car dans le fond, toutes ces problématiques me fascinent, la difficulté à réconcilier l’Orient et l’Occident, la question de l’identité nationale, le roman initiatique…Je pense donc que Kim est un roman à aborder en lisant un dossier critique AVANT, ou en ayant des connaissances poussées sur le contexte, au risque de passer, comme moi, à côté d’un chef d’oeuvre acclamé qui aura tout de même valu le prix Nobel à Rudyard Kipling.

(Titre français: Kim)

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7 réflexions sur “Kim – Rudyard Kipling (1901)

  1. Je connais mal Kipling mais j’ai très envie de combler cette lacune. Peut-être pas avec celui-ci qui me paraît un peu difficile d’accès mais Le Livre de la jungle me fait de l’oeil.

    • Dis-toi que je n’ai jamais lu le Livre de la Jungle non plus (ou alors des versions remaniées pour enfants quand j’étais môme), c’est presque honteux!

  2. Décidément, tu as très bon goût! J’ai adoré celui-ci également, ainsi que les autres oeuvres de Kipling qui m’ont vraiment fait voyager… En revanche, l’homme m’est moins sympathique…

  3. J’ai lu récemment un avis d’étudiant américain sur ce livre qui disait le plus grand bien de ce roman mais qui, comme toi, soulignait la difficulté à le lire en raison des références et termes linguistiques particuliers et inconnus. Bon, du coup, si je le lis, je suivrai ton conseil : trouver un dossier explicatif ou bien un York notes.

  4. Oh ça a l’air intéressant, « The Cambridge companion to Rudyard Kipling ». Et il existe un « Quest for Kim » qui a une posture fort intéressante!

    • J’avais choisi une édition Norton, qui sont toujours accompagnées de cartes, d’articles, et d’un dossier critique en béton (an agrèg on travaille beaucoup avec ces éditions), c’était vraiment bien fichu et très utile!

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