Eugénie Grandet – Honoré de Balzac (1834)

SONY DSC

Monsieur Félix Grandet habite Saumur et, travaillant comme vigneron et tonnelier, a amassé au fil des ans une fortune absolument colossale, qui fait causer toute la ville. Car Grandet s’en défend, vit chichement, et à vrai dire, personne n’a jamais vraiment eu la preuve que cette fortune existait. A tel point que Madame Grandet, et sa fille Eugénie, se croient d’un rang modeste et ne contestent jamais les économies de bouts de chandelles par lesquelles Monsieur Grandet semble obsédé. Les deux femmes s’accommodent donc de leurs chambres glacées en hiver – car le bois est cher -, de leurs toilettes usées – tant qu’elles tiennent debout…-, des maigres rations alimentaires – du sucre? mais pourquoi?!.

Mais ce qui passionne Saumur, c’est évidemment que la jeune Eugénie, en âge de se marier, serait la seule héritière de cette immense fortune. Les prétendants se pressent donc à sa porte, poussés par leurs familles avides, sans que jamais Monsieur Grandet ne fasse mine de s’intéresser au mariage de sa seule fille.

Un beau jour, Charles, le neveu parisien de Monsieur Grandet débarque à Saumur sans prévenir. Lui-même ne sait pas réellement pourquoi son père l’a envoyé chez son oncle, et ignore que ce dernier, ayant fait faillite, a en réalité décidé d’éloigner son fils afin de mettre fin à ses jours. Pour Félix Grandet, ç’en est trop. Que son arrogant parisien de frère entache le nom Grandet est une chose, mais qu’il lui confie une bouche supplémentaire à nourrir, un oisif habitué au luxe et certainement pas au travail, en est une autre. Il met donc tout en oeuvre pour le pousser vers la sortie, en lui payant même son passage en mer vers l’Inde, où il est à l’époque aisé de faire fortune quand on est personne.

Eugénie et Charles, eux, s’éprennent peu à peu l’un de l’autre, et sur la promesse de ce dernier de revenir épouser Eugénie à son retour d’Inde, celle-ci lui fait cadeau de tout l’argent qu’elle possède. Ce don est pour Monsieur Grandet l’ultime affront, qui de colère punit sévèrement Eugénie. Madame Grandet n’y survit pas…

Les années s’écoulent et Félix Grandet décède à son tour, léguant son incroyable fortune à sa fille qui, attendant Charles, ne s’est jamais mariée. Celui-ci, rentré d’Inde et devenu riche, a bien vite oublié cette pauvre provinciale de cousine sans le sou, et a épousé une vilaine jeune fille munie d’un titre. La nouvelle de la fortune colossale de sa cousine sera un choc pour celui-ci, et Eugénie, blessée, jure d’épouser un homme à condition qu’il lui promette de ne jamais consommer le mariage, et entreprend de mettre son argent au service de nobles causes et oeuvres de charité.

Voilà bien longtemps que je n’avais pas lu Balzac, que j’ai d’ailleurs eu le sentiment de redécouvrir par le biais de cette lecture. Non, c’est sûr, ce n’est pas trépidant, et cette fin très moralisatrice est aussi très attendue. Mais j’avais totalement oublié le talent de Balzac pour la description de ces bourgeois de province qui se croient exemplaires et sont en réalité pétris de défauts, rongés par l’envie, l’orgueil, la jalousie et l’ambition. Monsieur Grandet est un personnage terrible, avare, mesquin, manipulateur et menteur, qui n’hésite pas à littéralement tuer sa femme pour faire place à sa rage envers cette fille qui a donné ses économies à son parisien de cousin. Les descriptions, aussi bien physiques de morales sont sans pitié, d’une justesse et d’une originalité absolument délicieuses, et, quelque part, pour une fois, cela m’a fait plaisir de lire un petit roman sur la province française.

Pas de grand roman américain, pas de nouveauté britannique, pas de livre « à concours », non, juste un bon vieux roman français sur cette bonne vieille province française qui en fait, loin d’être morne et ennuyeuse, est pleine de travers et de singularités absolument charmantes.

Publicités

10 réflexions sur “Eugénie Grandet – Honoré de Balzac (1834)

  1. Génial!!! C’est un de mes romans préférés! Quant à Balzac, c’est mon écrivain que je préfère, avec Proust:! Quel chef-d’oeuvre! Et quelle vie aussi!

  2. Un roman de Balzac que je n’ai toujours pas lu, j’ai toujours tendance à aller vers les romans les moins connus et du coup j’en oublie les autres. Donc avec « le lys dans la vallée », voilà deux romans qu’il faudrait que je lise cette année !

  3. Celui-ci je ne l’ai jamais lu mais en découvrant Balzac adolescente, ce fut un coup de foudre et,en effet il a un talent incroyable pour décrire les bassesses humaines et les provinces françaises. tes dernières lignes… un régal!
    (P.S. : serions-nous « connectées »? Je compte aussi découvrir Zadie Smith dont j’ai « mis de côté » certains titres il y a quelques jours, dont son essai, « Changing my mind ». Bref du coup j’attendrai ton billet mais justement je comptais te demander si tu l’avais lue dans un prochain mail ;D J’ai fini mon Doris Lessing il y a deux jours, j’ai beaucoup aimé et cela correspond à « nos » thématiques)

    • Ah ah quel heureux hasard!! Bon nombre de nos lectures vont forcément se recouper, avec nos goûts communs! C’est la première fois que je lis du Zadie Smith et pour l’instant, j’aime beaucoup. Super pour Doris Lessing, il faudra vraiment que je lui laisse une autre chance alors!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s