NW – Zadie Smith (2012)

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Mon premier Zadie Smith. Et comme à chaque fois que je sors de ma zone de confort en lisant du très contemporain, j’ai besoin d’un long moment de réflexion, histoire de retrouver mes marques dans toute cette nouveauté. Car les repères ne sont jamais très loin, si on sait où aller les chercher, dans la bonne littérature contemporaine.

Pourtant, Zadie Smith se donne du mal pour noyer toute notion de filiation littéraire dans un roman dont la construction est d’une extrême complexité. Divisé en quatre parties, suivant chacune un personnage différent mais néanmoins lié aux trois autres, NW se construit autour du thème de la variation stylistique. La première partie, centrée autour du personnage de Leah, s’inspire fortement du modernisme et ressuscite Virginia Woolf et James Joyce, pour créer un style rappelant à la fois le « stream of consciousness » et les épiphanies joyciennes. La troisième partie, composée de près de 150 minuscules chapitres (brèves? instantanés? moments?), évoque par exemple Endgame de Samuel Beckett, et par cette même intertextualité, la Bible.

NW nous raconte un moment plus ou moins long dans la vie de quatre personnages, ayant grandi ensemble, de près ou de loin. Leah, Keisha/Natalie, Felix et Nathan ont en effet passé leur enfance et adolescence dans la même résidence de logements sociaux dans un quartier du nord-ouest de Londres. Tous sont issus du métissage et de l’immigration, quel qu’en soit le degré et la génération. Leah, anglo-irlandaise, la seule blanche du quartier, mariée à un maghrébin français d’origine antillaise, gâche sa vie dans un travail qu’elle abhorre, dans le social. Sa meilleure amie Keisha (qui s’est rebaptisée Natalie à l’université), est une des rares jeunes femmes noires à avoir réussi. Elle travaille comme avocate, a épousé un riche métisse italo-antillais, et tache de composer avec ses origines sociales et familiales. Felix, ancien junkie repenti, tente de rompre avec son passé afin de vivre une vie exemplaire avec sa nouvelle petite amie. Nathan, le premier amour de Leah, est devenu une sorte de clochard qui trempe dans de sombres affaires.

Et derrière cette vie qui, sans présenter quoi que ce soit de tragique n’est tout de même pas reluisante, se cachent de lourds secrets, capables de faire exploser, du jour au lendemain, la fragile stabilité que ces personnages ont réussi à établir dans leur existence.

NW est un roman polyphonique qui procure une expérience sensorielle parfois étourdissante. La langue est d’une rapidité, d’une fluidité et d’une richesse incroyable. Je crois que pour apprécier ce roman, il faut accepter cette expérience de désorientation dans laquelle nous plonge Zadie Smith. Qu’importe là où elle vous mène, sachez que vous retomberez sur vos pattes. Le lecteur est balancé dans une expérience stylistique et typographique des plus étonnantes – les phrases se découpent parfois sur la page, les descriptions sont parfois si visuelles que l’on croirait voir un film -, le tout dans un contexte social et géographique déjà haut en couleurs. Brassage culturel, quotidien londonien, vie dans les logements sociaux, NW est un roman résolument humain, mené d’une main de maître, subtil et original.

Voilà qui me réconcilierait presque avec la littérature contemporaine.

(Titre français: NW)

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10 réflexions sur “NW – Zadie Smith (2012)

    • Disons que j’ai du mal à me retrouver dans toute cette masse contemporaine (au moins, ce qu’il y a de bien avec le « moins contemporain », c’est que le tri à déjà été fait d’avec le moins bon ou le mauvais, et qu’on est donc rarement déçu!), où il y a je trouve plus de mauvais que de bon. Ajoute à ça le fait que je n’y connaisse pas grand chose parce que je ne suis pas l’actualité littéraire, et tu comprendras que sans être fâchée avec la littérature contemporaine, j’ai surtout du mal à l’aborder!

  1. Voilà que tu confortes mon envie de le lire, tant par ce que tu soulignes du style et de la richesse qui y est liée que pour le mélange et la même richesse d’origines et de parcours des personnages.
    J’ai 3 ou 4 livres d’elle sur ma liste, tous semblent prometteurs!
    Enfin j’ai un peu le même rapport que toi à la littérature contemporaine, à l’exception de quelques unes, notamment Toni Morrison, quelques auteurs indiennes ou trou de mèmoire aussi soudain qu’abyssal, l’auteur de « The Handmaid’stale ».
    J’ai hâte de te lire 😉

  2. Un livre presque visuel et dont l’écriture contribue au propos brassés, j’aivais été happée dès les premières pages par cette singulière écriture, l’histoire du type dans sa voiture qu’on cueille en pleine déconfiture, mais moi, c’était pour « Sourires de loup » … Si NW ressemble à cela, alors je vais m’y remettre à Zadie Smith, non pas que je n’apprécie pas la littérature contemporaine (au contraire), mais son deuxième texte m’ avait laissée en plan.

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