The Lagoon – Janet Frame (1951)

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Avec Jean Rhys et Anita Desai, Janet Frame est le troisième et dernier auteur sur lequel je travaille dans le cadre de ma thèse. Et, cela va sans dire, je l’aime énormément (c’est même au-delà de ça, pour être franche!).

The Lagoon est la première oeuvre que j’aie lue de Janet Frame, et ce fut un coup de foudre immédiat. Comme je suis en train de relire toutes les oeuvres sur lesquelles je travaille, je me suis dit que j’allais vous en faire profiter.

Janet Frame est néo-zélandaise, et est avec Katherine Mansfield un monument de la littérature nationale kiwi. Internée en hôpital psychiatrique à 21 ans pour schizophrénie, elle y passera huit ans, à subir des traitement tous plus inhumains les uns que les autres (électrochocs et compagnie). Ce recueil de nouvelles, The Lagoon, paraît alors qu’elle est toujours internée. C’est d’ailleurs cette publication qui la fera échapper de peu à la lobotomie…Le tout pour découvrir, quelques années après, qu’elle avait été mal diagnostiquée, et ne souffrait nullement de schizophrénie – ne souffrait de rien du tout d’ailleurs. Imaginez un peu…

Ce recueil réunit 24 nouvelles, d’une apparente simplicité totalement désarmante. Certaines nouvelles ne font pas plus de deux pages, beaucoup traitent de l’enfance, dépeignent des petits instants dans la vie de gens qui n’ont rien d’exceptionnel, ou bien s’attachent à narrer de la même façon des « instantanés » de la vie de personnes enfermées en hôpital psychiatrique. Si les nouvelles elles-mêmes ne sont pas à proprement parler autobiographiques, on ne peut nier que Janet Frame s’inspire en partie de son expérience personnelle: son enfance dans la petite ville côtière d’Oamaru, ses années d’enfermement, la mort par noyade de sa soeur Myrtle…

Mais ces inspirations ne lui servent nullement à s’apitoyer, et lui procurent en réalité des thèmes qui peuvent tout aussi bien s’appliquer à la réalité d’un ancien pays de la couronne britannique, qui commence tout juste à essayer de trouver sa propre voix. Nous retrouvons donc des sujets comme le centre et la périphérie, l’intérieur et l’extérieur, la marge. L’enfance sert souvent à montrer ce moment où d’individu innocent, l’enfant accède à l’expérience et donc au monde adulte – tout comme ce pays qui accède à une toute nouvelle maturité. L’enfermement en hôpital psychiatrique procure à Janet Frame un cadre pour évoquer la question de la marginalité, personnelle ou créative.

Le style, très expérimental, surtout au niveau de la narration, peut paraître très déroutant. Mais les petites épiphanies qui illuminent la fin des nouvelles sont admirables de subtilité et de vérité. Dans ces nouvelles, nous nous retrouvons plongés dans ces petits moments en apparence anodins où l’individu se retrouve face à lui-même, se découvre, où fait l’expérience d’une réalité bien plus noire que ce qu’il croyait. Ou, au contraire, nous assistons à des prises de pouvoir (souvent par le biais de la narration), d’individus maintenus dans la marge, qui regagnent en humanité par le biais de leur voix.

Il s’agit de l’un des plus beaux ouvrages que j’aie jamais lus, et après une bonne dizaine de lectures, je reste émue et émerveillée à chaque relecture de certaines nouvelles (Jan Godfrey, Keel and Kool, The Park, Swans, The Lagoon…), qui parviennent à évoquer ce qui fait à la fois la beauté et le tragique de l’existence.

(Titre français: Le Lagon et autres nouvelles)

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11 réflexions sur “The Lagoon – Janet Frame (1951)

  1. Oh mais oui je « connais » cet auteur et son histoire, quand tu évoques son en fermement j’ai reconnu cette femme mentionnée dans un livre que j’ai débuté en français et qu’il me faut trouver, en anglais car plus dispose en France, « Meeting the madwoman » qui dit en fait le contraire de son titre, à savoir toutes ces figures féminines, réelles ou imaginaires, enfermées, mal diagnostiquées, contrai tes dans leur vie, en raison de leur féminité et de leur pouvoir, souvent créateur mais pas que. Et j’ai aussi un coffret Jane Champion (que j’adore comme tu le sais) dans lequel il y a « Un ange à ma table » que je n’ai pas encore regardé.
    Bref, une auteur de plus à découvrir très bientôt.

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