Les Fillettes Chantantes – Robert Sabatier (1980)

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Quel plongeon dans le passé! Lorsque je me suis emparée de ce roman de Robert Sabatier, parmi la collection totalement hétéroclite que forment les ouvrages qui trônent dans mon bureau à l’université (et dont je n’ai aucune idée de la provenance), je n’ai pas tout de suite réalisé qu’il s’agissait de l’un des romans qui composent la célèbre collection des « Romans d’Olivier ». Cela m’a fait tout drôle, car qui n’a pas grandi à la lecture des Allumettes Suédoises, de Trois sucettes à la menthe, et des Noisettes Sauvages? J’avais totalement oublié ces romans, lus lorsque j’étais en CM2 je crois, ou en 6ème (en attendant fébrilement d’être assez grande pour avoir le droit d’emprunter à la bibliothèque les « romans pour les grands », à savoir Dracula, Le Mystère de la chambre Jaune, Frankenstein, etc…), et j’ai été enchantée de voir qu’une suite existait sans que je le sache.

Pourtant, pour être tout à fait honnête, je serais bien incapable de vous résumer les trois premiers opus de la série, bien que je les aie lus. Mais ces romans restent indéniablement liés à mon enfance, et charrient du coup avec eux tout un tas d’émotions et de souvenirs – perdus, malheureusement. Replonger dans la vie d’Olivier, l’orphelin devenu adolescent, a donc été pour moi une façon de me replonger dans l’enfance, la mienne, comme dans l’enfance en général, puisque c’est un thème central de cette série de Robert Sabatier.

En 1938, Olivier a seize ans, et vit à Paris chez sa tante, qui l’a adopté à la mort de ses parents. Il a arrêté l’école, et travaille dans l’imprimerie familiale – une affaire florissante. La famille d’Olivier est aisée, l’imprimerie a pignon sur rue, Olivier mène une vie confortable. Mais il est, et restera toujours, l’orphelin, l’outsider. Du haut de ses seize ans, il est un adolescent maladroit, pas tout a fait sûr de son physique, tachant de plaire, passionné de lecture et d’écriture. Ses moments de libres sont entièrement dévoués à la composition de poèmes, à l’achat d’ouvrages chez les bouquinistes parisiens. Quand il n’a pas le nez plongé dans les vers, Olivier observe les filles, en particulier sa hautaine cousine Ji dont il est éperdument amoureux. Ces êtres étranges le dérangent et l’attirent, le fascinent, bien qu’il ne sache pas exactement comment s’y prendre pour les approcher, et qu’il parvienne encore moins à les comprendre.

Dans ce Paris d’avant-guerre, ou dans le décor de vacances en Touraine -deux ans que la France bénéficie des congés payés!-, Olivier découvre l’amitié avec un jeune juif de son âge, les longues promenades à vélo, en canoë, les pique-niques dans les hautes herbes. Il sillonne Paris lors de ses commissions, déjeune dans des brasseries aux nappes rouges et blanches, se promène dans le quartier Latin et pénètre dans la Sorbonne, prétendant pendant quelques instant être l’étudiant qu’il aurait adoré être. Et puis il y a les filles, toujours les filles. Quelques désillusion, un premier baiser, une première expérience sexuelle avec une jeune prostituée.

Nous assistons à l’éclosion d’un jeune homme qui, d’adolescent, entre dans l’âge adulte avec la certitude que son avenir réside dans l’écriture et la connaissance. La période historique et passionnante et empreinte d’une grande nostalgie – ce Paris de l’entre-deux guerres est saisissant, chamarré, comme on l’aime. On sent les frémissements d’une guerre terrible qui se profile, prête à bouleverser cette petite vie parisienne confortable et rassurante. Si j’ai mis un peu de temps à me sentir à l’aise avec le rendu d’une langue populaire qui a, il faut bien le dire, assez mal vieilli (qui dit encore « peau d’hareng »?!) j’ai fini par me laisser emporter par toute cette nostalgie – ce moment difficile qu’est l’adolescence, la quête de souvenirs que mène Olivier, qui a presque tout oublié de ses parents et de son enfance, ce magnifique Paris qui m’a donné envie d’y vivre à nouveau…

Un vrai retour en arrière qui m’a prise de court, mais m’a enchantée.

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4 réflexions sur “Les Fillettes Chantantes – Robert Sabatier (1980)

  1. C’est doux et un enchantement de se replonger dans des romans qui ont comptés durant notre enfance 😉 Lu moi aussi cette saga de Robert Sabatier et adoré la lire aussi 😉

  2. En te lisant j’ai revu avec émotion les trois romans paternels en édition le Livre de poche que, comme toi, j’ai lus en 6e. Je m’en souviens peu (bien qu’ayant des souvenirs un peu plus frais en raison de la diffusion sur la 2 d’une adaptation quand j’étais au lycée avec un acteur que j’aimais bien alors dans le rôle du cousin d’Olivier… je me souviens qu’il était amateur de jazz, Marceau je crois…) mais comme toi je garde un ressenti de douce nostalgie, d’émotions enfantines, d’innocence mêlée aux duretés de la vie… J’aurais presque envie de relire les trois premiers et de découvrir le quatrième… blame you! 😉

  3. J’ai moi aussi eu un véritable coup de coeur pour Olivier… Lire ce livre était si doux. j’avais toujours hâte de retrouver les Allumettes Suédoises, comme si j’allais retrouver mon « amoureux »… Et dire que c’est maintenant que je découvre qu’il y a une suite! Je vais regarder ca de plus près, même si je pense ne plus ressentir les mêmes émotions…. Le titre donne en tout cas très envie!
    Merci pour cette découverte!!

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