The Island of Dr Moreau – H.G. Wells (1896)

SONY DSC

Quel roman effroyable! J’ai commencé à le lire sans savoir à quoi m’attendre (encore un de ces trous noirs culturels que je ne m’explique pas), et déjà la couverture me glaçait les sangs. Le reste est à l’avenant…

Edward Prendick est récupéré par un bateau après plusieurs jours à dériver en haute mer. Il prétend avoir passé un an sur une île mystérieuse où un certain Docteur Moreau pratiquait des expériences épouvantables sur des animaux. Evidemment, personne ne veut le croire, mettant ses délires sur le compte de son éprouvant séjour en mer et des dangers essuyés.

Edward Prendick nous livre donc le récit de sa monstrueuse aventure sur l’île du Docteur Moreau…Récupéré par miracle par un bateau à la suite du naufrage du navire scientifique sur lequel il travaillait, Prendick est soigné par Montgomery, un homme chargé d’acheminer des animaux vivants sur une île perdue au milieu de nulle part. Débarqué de force sur cette île par le capitaine qui ne tolère pas cet étranger, Prendick se retrouve alors au milieu d’un commerce un peu étrange. Des animaux sont requis par le Docteur Moreau, dans un but qui échappe à Prendick. Maintenu à l’écart du secret, Prendick ne tarde pas à se rendre compte, malgré tout, que cette île a recèle quelque chose de bien étrange…

L’aspect de ses habitants possède quelque chose de parfaitement repoussant, et sans que le narrateur ne parvienne à mettre le doigt dessus, il est fortement dérangé par les difformités physiques de ces derniers. Oreilles poilues, jambes excessivement courtes, bustes et bras très longs, visage pointu, dos voûté…et pourtant, ils se tiennent debout, sont doués de parole et obéissent au ordres du Docteur Moreau. Lorsque Prendick se fait prendre en chasse dans la jungle par l’une de ces créatures, le Docteur Moreau est bien obligé de s’expliquer: mû par un véritable syndrome de Dieu, le scientifique s’échine depuis plus de vingt ans à pousser l’art de la vivisection à son paroxysme, afin de créer, à partir de simples animaux, des créatures aussi semblables que possible à des êtres humains.

Prendick comprend alors pourquoi depuis son arrivée, les hurlements de douleur du puma acheminé par Montgomery  retentissent dans l’île…

Malheureusment, l’expérience de Moreau sur le puma tourne mal, et le scientifique est tué par l’animal mutilé. Sans l’homme que les Hommes-Bêtes prennent pour leur maître, leurs instincts animaux commencent à prendre le dessus. La part d’humain placée en chaque animal par Moreau est petit à petit effacée, d’autant plus que certains reprennent goût au sang…Leur intellect régresse, leur position redevient animale, leur besoin de tuer réapparaît. Et Prendick, sans Montgomery qui a lui aussi été victime de l’un des Hommes-Bêtes, se retrouve pris en chasse par la pire créature de l’île, l’Homme-Léopard…

Ce roman fait froid dans le dos, mais est un témoignage absolument fascinant des progrès de la science à la fin du 19ème siècle en Angleterre. Après la parution des écrits de Darwin, et notamment ses idées sur l’origine de toutes les espèces, la frontière entre l’homme et l’animal se trouve effacée à jamais. Pour des victoriens persuadés d’être des créatures divines supérieures à toute autre forme de vie, cette théorie met à mal pas mal de croyances. Quelle est en nous la part d’animal? Est-il possible que nous ne soyons rien de plus que des bêtes capables de pensée? Mais surtout, si notre nature n’est pas divine, la science peut-elle se substituer à l’évolution?

Ajoutez à cela la véritable polémique autour la vivisection qui faisait vibrer l’Angleterre à l’époque (plutôt « drôle », d’ailleurs, de constater à quel point le bien-être d’un chien à moitié mutilé échappé d’un laboratoire parvenait à susciter une véritable levée de boucliers, là où des enfants mourant dans des mines laissait le peuple tout à fait indifférent…), et vous avez les thèmes centraux dans l’ouvrage de H.G. Wells, scientifique passionné et fervent admirateur de Darwin.

Inutile de dire que si cette dystopie reste aussi dérangeante et difficile à lire de nos jours, c’est véritablement parce que toutes ces questions éthiques et morales autour du thème de l’eugénisme font aujourd’hui toujours débat, et que chaque tentative d’y voir des avancées scientifiques incontestables s’accompagne d’une nausée irrépressible, dès lors que l’on met en balance la valeur du vivant…

(Titre français: L’île du Docteur Moreau)

Publicités

9 réflexions sur “The Island of Dr Moreau – H.G. Wells (1896)

  1. Je pense que je ne pourrai le lire! La seule lecture de ton billet m’a mise mal à l’aise, m’a oppressée. J’admire toujours autant le talent des auteurs de cette époque, à la fois formel et intellectuel pour un récit qui est le miroir subtil des travers et interrogations d’une époque.

    • Et bien je pensais la même chose, parce que moi, même PENSER à la cruauté sur les animaux c’est niet, et comme on a aucun détail, vraiment, sur cette partie là, et bien c’est bien moins difficile à lire que ce que j’aurais pensé!

  2. Pingback: Pygmalion – George Bernard Shaw (1912) | Une lyre à la main

  3. Et le thème traité, l’homme qui veut égaler Dieu, se pose à nous avec encore plus d’acuité qu’à l’époque du docteur Moreau et de Frankeinstein car les progrès de la science permettent maintenant de faire ce que ces auteurs du XIX siècle ne pouvaient qu’imaginer!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s