The Mimic Men – V.S. Naipaul (1967)

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Récompensé en 2001 par le Prix Nobel, V.S. Naipaul est un auteur aussi acclamé que l’homme semble détestable. Persuadé que les femmes sont – en tout cas en littérature – tout à fait inférieures aux hommes, et qu’aucune ne pourrait se prétendre l’égale d’un homme, il fréquente assidûment les prostituées et s’est remarié deux mois seulement après la mort de sa première épouse, à une femme qu’il fréquentait depuis déjà bien longtemps.

Voilà pour le bref portrait alléchant, tournons-nous donc maintenant vers son ouvrage, The Mimic Men.

Il semble impossible de nier qu’il existe quelques ressemblances entre l’auteur, et son narrateur et personnage principal, Ralph Singh. Tout d’abord, tous deux ont grandi aux Antilles (Trinidad et Tobago pour Naipaul, l’île fictive d’Isabella pour Singh), sont d’origine indienne et n’entretiennent avec les femmes que des relations très charnelles.

Au début du roman, Ralph Singh est à Londres, où il s’est réfugié après qu’un scandale a entaché définitivement sa carrière d’homme politique dans son île natale d’Isabella. Il revient donc dans ce pays où il a été envoyé, plus jeune, pour y faire ses études, et où il a rencontré et épousé son ex-femme, Sandra. Et Ralph Singh entreprend alors, dans cette ville qui lui est aussi familière qu’étrangère, d’écrire ses mémoires.

Car Ralph est un « pur produit » de l’impérialisme et du colonialisme britannique. Né et ayant grandi dans une colonie de la couronne, mais également originaire d’une autre colonie, l’Inde, Ralph évolue dans un milieu multiculturel où toutes les origines sont représentées. Blancs, noirs, métisses, indiens, asiatiques, européens, il en devient presque difficile de dire qui est véritablement d’Isabella. Et tous sont mus par le même désir, celui de contrer la castration imposée par le colonialisme, en imposant une autorité sur les autres. Les subalternes veulent occuper le haut de la hiérarchie, que ce soit par le biais de l’argent, de la culture, ou de la violence.

Ralph grandit alors dans un univers où l’intérêt principal prime toujours sur celui de la communauté. Mais surtout, il grandit selon un modèle aussi ironique que stérile: celui de tenter d’imiter l’oppresseur. La métropole, et tout ce qu’elle représente et incarne, devient le l’idéal absolu. Convaincus de leur infériorité, les habitants d’Isabella, Ralph (mais aussi tous les habitants d’anciens pays colonisés) ne mesurent leur valeur que selon leur ressemblance à l’image du parfait britannique, recherchant prestige et reconnaissance. Ralph croit y parvenir lorsqu’il commence à travailler en politique. Après tout, il fait enfin partie des grands, de ceux qui décident. Il fait partie du gouvernement britannique.

Malheureusement, Ralph va vite se rendre compte que ce qu’il a toujours pris pour un idéal, n’est qu’un écran de fumée. La politique n’ouvre pas toutes les portes. Elle ne permet même pas de rectifier les injustices qui ont été commises envers son île natale d’Isabella. Humilié, sali par cette même politique en laquelle il avait placé tous ses espoirs, Ralph se retrouve, exilé, dans cette ville de Londres qui l’a vu, étudiant, nourrir des espoirs quant à son statut de subalterne.

Le style de Naipaul est extrêmement particulier et déroutant. Sans m’être jamais ennuyée, je ne peux pourtant pas dire que j’aie été captivée par ce roman, que j’avais pourtant très très hâte de lire. Le style est tellement riche, tellement détaillé, tellement rapide, tellement abstrait aussi parfois qu’il est facile de se perdre, de suivre les mots des yeux en oubliant de faire attention au sens. Le fait que le personnage principal semble souffrir d’une absence chronique d’émotions ne facilite pas non plus la tache. Impossible de ressentir compassion ou même de comprendre pleinement ce personnage complexe.

Cependant, ce roman reprend un des thèmes cruciaux des études post-coloniales: la question de l’imitation (ou mimicry en anglais) chez les anciens peuples colonisés. En cela, The Mimic Men est un témoignage passionnant de la forme que ce traumatisme peut prendre, et de la façon dont s’exprime dans la psychologie des habitants des anciennes colonies la dialectique du centre et de la périphérie.

(Titre français: Les Hommes de Paille)

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9 réflexions sur “The Mimic Men – V.S. Naipaul (1967)

  1. Un peu comme Adalana, ce que j’ai appris ici sur l’auteur m’a refroidie mais j’ai toujours été intéressée par sa double origine, indienne et antillaise. J’avais d’ailleurs offert un de ses romans à mon père il y a quelques années. Et ce que tu dis des problématiques et de ce de roman n’est pas sans faire penser à du Chamoiseau mais surtout à Confiant, ces élites natives et d’origines multiples (en Martinique africaines, caribéennes, indiennes, chinoises, syriennes et européennes…) des îles post-coloniales qui ont essayé pendant plusieurs décennies d’imiter la Métropole dont pourtant ils avaient envie de se détacher…

  2. Oh oh, c’est celui-ci que nous devrions lire 😉 Et tu vois, il aborde ce que je te disais de la Martinique. Trouvé sur amazon.

    In 1960 the government of Trinidad invited V. S. Naipaul to revisit his native country and record his impressions. In this classic of modern travel writing he has created a deft and remarkably prescient portrait of Trinidad and four adjacent Caribbean societies–countries haunted by the legacies of slavery and colonialism and so thoroughly defined by the norms of Empire that they can scarcely believe that the Empire is ending. In The Middle Passage, Naipaul watches a Trinidadian movie audience greeting Humphrey Bogart’s appearance with cries of “That is man!” He ventures into a Trinidad slum so insalubrious that the locals call it the Gaza Strip. He follows a racially charged election campaign in British Guiana (now Guyana) and marvels at the Gallic pretension of Martinique society, which maintains the fiction that its roads are extensions of France’s routes nationales. And throughout he relates the ghastly episodes of the region’s colonial past and shows how they continue to inform its language, politics, and values. The result is a work of novelistic vividness and dazzling perspicacity that displays Naipaul at the peak of his powers.

  3. Oui c’est intéressant mais la misogynie peut conduire à l’écœurement et c’est une forme de racisme ordinaire. Mais c’est vrai que je suis forcément très sensible à cela.

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