Pygmalion – George Bernard Shaw (1912)

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C’est suite à la lecture d’un billet de Deuzenn que j’ai eu envie de découvrir cet auteur et cette pièce que je ne connaissais pas. J’aime beaucoup le concept de réécriture, et suis toujours avide de découvrir ce que des auteurs font « subir » à de grands mythes classiques.

Et Pygmalion en prend ici pour son grade, puisque Galatée (dans la pièce, Eliza) sera enfin dotée d’une langue pour exprimer ce qu’elle ressent, en tant que simple création vouée à combler les désirs et ambitions esthétiques d’un homme…

Mr Higgins, fervent linguistique passionné de phonétique et de prononciation, passe son temps à étudier les accents britanniques des gens qu’il croise. Tout est consigné dans un petit carnet, qu’il ne quitte jamais. Lorsqu’accompagné de son ami militaire, Pickering, il croise le chemin d’une jeune vendeuse de fleurs crasseuse et sans le sou, une idée géniale germe dans l’esprit de Higgins. Sa plus belle entreprise, son plus beau chef-d’oeuvre, sera de faire de cette pauvresse au parler populaire une dame de la haute société britannique. Le tout, en six mois.

Eliza est bien entendu enchantée par l’idée. Lasse de courir après l’argent, ravie de se voir logée dans les appartements confortables de Higgins, habillée élégamment, elle trouve elle aussi un plaisir certain à se sortir de sa condition en apprenant à parler comme une lady.

Et le crash-test, un dîner dans une ambassade londonienne, est passé avec succès. Personne parmi les invités ne soupçonne l’origine sociale d’Eliza, et tous sont subjugués par sa grande beauté et son anglais parfait.

Malheureusement, la soirée finie, le pari remporté, et à l’instar d’une Cendrillon post- douze coups de minuit, Eliza réalise que ses belles robes et son parler aristocratique n’en font pas moins d’elle une femme du peuple, inculte et sans le sou. C’est une terrible déconvenue. Higgins ne s’intéressait à elle qu’en tant qu’objet d’étude scientifique, et certainement pas en tant qu’être humain…Eliza se retrouve alors dans la situation la plus terrible qui soit: sans argent pour soutenir cette apparence aristocratique, mais incapable de redevenir celle qu’elle était avant, elle n’entre plus dans aucune catégorie, a quitté le cadre des classes sociales, devient une créature hybride condamnée à errer dans les limbes de la société.

Quand on y pense, cette histoire est terrible, et j’ai immédiatement pensé à la ressemblance qui existe entre le mythe de Pygmalion, et un livre que j’ai lu tout récemment, L’île du Docteur Moreau. Car si Higgins ne s’adonne pas ici à des expériences physiques contre-nature, il manipule et transforme tout de même un être conformément à ses idéaux à lui, des idéaux tout aussi vains que cruels pour la victime. Eliza, tout comme le peuple des Hommes-Bêtes de H.G. Wells qui n’est plus tout à fait animal, mais pas tout à fait humain non plus, devient un être déclassé (littéralement), qui n’appartient plus à aucune catégorie sociale.

Et à une époque qui voit l’essor de la pensée marxiste, un être qui n’entre dans aucune case, est tout simplement un être hors-politique. Un être qui n’existe pas.

(Titre français: Pygmalion)

Lecture faite dans le cadre du challenge En Scène! 

CategorieShakespeare

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14 réflexions sur “Pygmalion – George Bernard Shaw (1912)

  1. Mais tu as vu My Fair Lady au moins ? Je l’ai vu 150 fois, Il faut que je lise la pièce même si je sais qu’elle n’est pas exactement pareille que le film.

    • J’ai vu que le film en était inspiré mais j’admets piteusement que non, je n’ai jamais vu My Fair Lady (la honte la honte la honte) donc je ne peux même pas te dire à quel point le film est fidèle!

  2. C’est un très beau billet ! J’aime beaucoup aussi les réécritures des mythes (le dernier que j’ai lu c’est « Un visage pour l’éternité » de C.S Lewis sur le mythe de Psyché et Cupidon) et ça fait quelques temps que j’ai envie de lire du G.B Shaw sans savoir par où commencer. Ça sera surement « Pygmalion » donc ! 🙂

    • Merci beaucoup! Tu travailles sur Lewis non, si je me souviens bien? Voilà de mon côté un auteur que je ne connais pas du tout (enfin, que je n’ai jamais lu du moins)!

      • Oui, c’est d’ailleurs en travaillant sur C.S Lewis que j’ai voulu lire G.B Shaw qu’il cite dans son autobiographie « Surpris par la Joie »! xD En tout cas, si tu veux découvrir C.S Lewis autrement que par « Narnia », « Un visage pour l’éternité » c’est parfait. Il y a aussi sa « Trilogie cosmique » (que je n’ai pas encore lu, j’avoue) si tu aimes bien la science-fiction; . .

        • J’y penserai, car je n’ai pas lu Narnia mais j’avoue que ça ne me tente pas particulièrement! Merci pour ces conseils, que je sais avisés!!

  3. La pièce est intéressante au point de vue social ; elle aborde le sujet toujours d’actualité (vu un reportage sur les banlieues françaises), celui de l’importance de la maîtrise du langage dans la société. Si elle ne permet pas de réduire la différence entre les classes sociales, cette maîtrise permet pourtant l’accession à un métier. Dans le cas d’Eliza, ironiquement, le langage lui permettrait d’être vendeuse dans un magasin de fleurs ou domestique dans la maison de.. Higgins!

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