La Conquête de l’Amérique – Tzvetan Todorov (1982)

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J’ai fait de petites infidélités à Janet Frame ces derniers temps, en me plongeant dans un ouvrage passionnant de Tzvetan Todorov, La Conquête de l’Amérique. Il s’agit d’un essai, tout à fait abordable par ailleurs, sur la relation du « je » à « l’autre », notamment lors de la « véritable » première et de la plus importante conquête européenne, celle de l’Amérique par les espagnols au 15ème et 16ème siècle.

A travers les écrits de différents religieux et missionnaires, Todorov retrace les grandes étapes de la Conquista, d’abord par Christophe Colomb puis par Cortés, et étudie la ou les différents types de communication qui se sont établis entre les espagnols et le Nouveau-Monde, entre les espagnols et Indiens, ainsi qu’entre les Indiens et leurs envahisseurs (modes de communication tout à fait différents et dont l’incompréhension mutuelle a eu les conséquences tragiques que l’ont connaît).

La thèse de Todorov dans cet essai, est que les rapports instaurés lors de la Conquista entre les occidentaux et les Indiens, ce premier vrai « Autre » que l’on découvre sans jamais avoir imaginé trouver d’autres êtres vivants sur ce nouveau territoire, a posé les jalons de notre rapport à l’Autre, depuis le 16ème siècle jusqu’à nos jours.

L’appréhension de cet être qui est à la fois identique à soi et pourtant bien différent, cause des réactions telles que l’assimilation, lorsque dans un effort de comprendre l’Autre on plaque sur lui ses propres intentions, motifs, connaissances, ou bien au contraire, le rejet. Inévitablement, le rejet s’assortit d’une notion d’infériorité puisque tout ce qui est différent, dans la pensée occidentale, est nécessairement inférieur. Ainsi nous découvrons à travers des textes historiques, ethnologiques, presque scientifiques, la façon dont les espagnols ont appréhendé les Indiens, et surtout, la façon dont et les raisons pour lesquelles les civilisations d’Amérique centrale (telles que les Aztèques ou les Mayas) se sont éteintes au contact de ces conquistadores.

Cet ouvrage est une mine d’informations passionnante sur cette période relativement méconnue ou mal connue, et les citations d’ouvrages du 16ème siècle sont incroyablement éclairantes sur la pensée des conquistadores, et sur leur vision des Indiens. Et on ne peut s’empêcher de refermer ce livre, malgré tant de choses apprises, un peu écoeuré par un tel gâchis: la perte de plusieurs civilisations puissantes et somptueuses…

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