Du Domaine des Murmures – Carole Martinez (2011)

photo-9

J’avais hâte de découvrir cet ouvrage qui a déjà été bien chroniqué sur la blogosphère, et qui avait été très apprécié. Je ne sais pas pour ma part si je m’en souviendrai encore dans quelques mois, mais sa lecture a été fort agréable, et deux heures dans un train en direction de Lyon ont suffi à en venir à bout.

Ce roman tombait à pic puisque j’avais très envie de lire en français après tous ces mois à lire presque exclusivement en anglais, et j’avais également besoin d’une lecture facile, qui m’emporte sans exiger de moi des trésors de concentration. Ceci n’est évidemment nullement une critique, tout bon livre devrait pouvoir susciter cela chez son lecteur! Le pari a été remporté, puisque j’ai passé un bon moment en compagnie du deuxième roman de Carole Martinez, après Coeur Cousu, qui avait également été acclamé et dont j’ai entendu beaucoup de bien, même si je n’ai pas encore eu l’occasion d’y mettre le nez.

L’histoire se passe en 1187, et la jeune Esclarmonde, âgée de 15 ans, va être mariée à un homme qu’elle abhorre. Plutôt que d’être unie à ce monstre, elle annonce lors de sa cérémonie de mariage son désir d’offrir sa vie à Dieu. Elle finira ses jours emmurée dans une minuscule cellule, seule façon pour elle d’échapper à une vie entièrement dirigée par les hommes. Au matin de sa réclusion, alors qu’elle profite de la douceur d’une dernière aube, Esclarmonde se fait violer. Elle sera donc enfermée avec le fruit de ce viol, dont elle accouchera 9 mois plus tard, seule dans sa cellule.

L’histoire, peu commune, est précisément à cause de cela extrêmement rafraîchissante. Mais c’est surtout le style qui m’a beaucoup plu. Ce texte, qui nous parvient par-delà les siècles, où l’on entend faiblement la voix d’Esclarmonde nous livrer son histoire, comme prisonnière des pierres du Domaine des Murmures, côtoie l’univers de la légende, frôle le réalisme magique, est empreint de religion, de fables, de croyances médiévales. On y plonge comme dans un rêve, et on se surprendrait presque, à l’instar des pèlerins qui viennent se souler de la voix de la très Sainte Esclarmonde, ayant donné la vie tout en étant vierge, à croire également en sa sainteté, et à boire ses paroles, ce filet de voix toujours à deux doigts de s’éteindre.

Esclarmonde parle pour toutes les femmes qui ont donné leur vie à Dieu pour échapper à celle des hommes, dans laquelle elles ne sont rien. Elle parle pour toutes les femmes qui ont refusé de se soumettre, et qui ont évidemment été brisées. Elle parle aussi pour toutes les légendes contenues dans les vieilles pierres de notre pays, qu’on ne prend plus la peine d’écouter.

Après tout, peut-être que je m’en souviendrai encore dans quelques mois…

 

Publicités

3 réflexions sur “Du Domaine des Murmures – Carole Martinez (2011)

  1. Je veux le lire depuis un bon moment, celui-là. J’avais adoré le coeur cousu. J’avais peur que le sujet soit un peu rebutant mais tout le monde a l’air de bien aimer!

  2. Le sujet est atypique, mais comme tu le dis, cette histoire de femme ne parle peut-être pas que du Moyen Age, bien que la voix de Carole Martinez, très proche de celle d’une conteuse, fasse ressurgir des images de licorne oubliée. Un très beau texte, et pour ma part, je l’avais autant apprécié que « Le coeur cousu ».

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s