Balzac et la Petite Tailleuse chinoise – Dai Sijie (2000)

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Au début des années 70 en Chine, pendant la révolution culturelle de Mao, deux jeunes garçons sont arrachés à leurs familles et envoyés dans la Montagne du Phénix du Ciel pour y subir ce que le gouvernement appelle une « rééducation ». Leur seul crime aura été d’être issus d’une famille « d’intellectuels », en gros, des gens ayant fait des études.

Là-bas, ils découvrent la vie des paysans, travaillent dans des mines, dans les rizières, transportent de l’engrais, pataugent dans la boue du matin jusqu’au soir. Evidemment, il n’est plus question de lire un livre et d’ailleurs, ils ont tous été brûlés ou confisqués. Les seuls livres autorisés sont les grands titres du communisme. Jusqu’au jour où l’une des connaissance des deux garçons, Le Binoclard, leur prête un roman de Balzac en échange d’un service rendu. Les deux garçons le dévorent et l’ami du narrateur, Luo, décide d’en faire profiter celle pour qui bat son coeur, la Petite Tailleuse, en lui racontant le roman. Son but devient alors de transformer cette petite paysanne fort jolie mais mal dégrossie en jeune fille.

C’est cette émancipation intellectuelle que raconte le roman de Dai Sijie. Quelque part, dans un minuscule village perdu au milieu des montagnes chinoises, un quatuor d’adolescents découvre la dissidence la plus insidieuse qui soit, à savoir la liberté intellectuelle qu’apporte la lecture. A l’abri de leurs propres pensées, ils lisent et digèrent Balzac ainsi que les grands auteurs classiques européens, découvrant ainsi l’amour, les relations entre hommes et femmes, la rébellion, la liberté.

Et si chacune de ces lectures constitue pour ces adolescents une échappatoire a leur quotidien misérable dont tous savent qu’ils ne réchapperont pas, elles auront sur la Petite Tailleuse un effet auquel Luo ne s’attendait pas: elle se coupe les cheveux et s’enfuit, pour gagner une grande ville dans laquelle elle aura peut-être un jour la chance d’être quelqu’un, d’être une femme.

Il s’agit un beau roman d’apprentissage, très engagé mais aussi extrêmement poétique, qui nous rappelle le véritable trésor qui se cache dans chaque roman, dans chaque page tournée. Un trésor capable de rendre la souffrance supportable, mais qui permet aussi de se trouver, soi, et de se faire éclore de la façon que l’on veut.

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8 réflexions sur “Balzac et la Petite Tailleuse chinoise – Dai Sijie (2000)

  1. Etrangement, je n’ai jamais réussi à finir ce roman ( recommencé trois fois), encensé au moment de sa sortie et même après … Une époque d’overdose de roman d’initiation avec des titres aux féminins ? C’était le moment où je lisais « La jeune fille à la perle »,  » La joueuse de go » et je crois bien aussi « La joueuse d’échec » … Et pourtant j’avais aimé ces trois là … « Le mystère de la lectrice », quoi .

    • Je vois tout à fait de quoi tu parles, le titre m’avait fait le même effet à l’époque! Il aura fallu 13 ans pour que je m’y colle, et même si je trouve ce titre toujours un peu irritant, j’ai réussi à en venir à bout sans aucune souffrance!

    • Son avis n’est pas si mauvais que ça! :)C’est vrai, le rythme est lent, contemplatif, mais il faut savoir y trouver du charme. Après tout, l’histoire se passe dans les montagnes chinoises au milieu de nulle part…

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