The God of Small Things – Arundhati Roy (1997)

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Dans le village d’Ayemenem en Inde, Rahel et son frère jumeau Estha sont réunis à l’âge de 31 ans, après de très nombreuses années de séparation. Rahel a passé quelques années aux Etats-Unis, où elle a épousé un homme qu’elle a quitté. Estha, lui, a totalement arrêté de parler. Quelque chose dans leur enfance a eu lieu, un épisode tellement terrible qu’il les a séparés pendant toutes ces années, et a brisé leur enfance.

Dans une série de flashbacks, nous découvrons petit à petit la vie de cette famille dans les années 70 dans la région de Kerala, dans le sud-ouest de l’Inde. Il y a Ammu, la mère des jumeaux, une mère célibataire autoritaire, avec sa façon à elle d’aimer ses enfants. Chacko, son frère, l’anglophile éduqué en Angleterre, divorcé d’une britannique, papa d’une petite Sophie qu’il ne connaît pour ainsi dire pas. Mammachi, la grand-mère, fondatrice d’une entreprise de conserves jadis prospère. Baby Kochamma, la grand-tante, une vieille femme aigrie par une vie qui ne lui a pas laissé épouser l’homme qu’elle aimait, et qui voue son existence à gâcher celle des autres.

Tous ces personnages partagent une existence qui n’est pas exactement monotone, pas exactement mouvementée. Les hindous côtoient les chrétiens. Le mouvement communiste prend de l’ampleur, surtout parmi les couches de la société les moins favorisées. Et puis il y a, bien sûr, les Intouchables dont l’un, Valutha, travaille à la fabrique de conserves et est la coqueluche de Rahel et Estha. Bien sûr, cela se complique le jour où il devient, également, la coqueluche d’Ammu, son « Dieu des Petits Riens »…

Comme le disait une critique sur la quatrième de couverture de mon livre, ce roman raconte un épisode dans l’existence de gens qui ont osé braver les lois qui décident de qui mérite d’être aimé, et comment. Tous les personnages transgressent à leur façon les lois familiales, morales, celles de la société. Ammu aime trop durement ses enfants, trop voluptueusement l’Intouchable. Rahel et Estha aiment trop passionnément Valutha, trop peu leur petite cousine Sophie. Et à l’instar d’une véritable tragédie, le destin se met en marche, inéluctable, fatal, car on ne se joue pas des lois établies.

Certains doivent mourir, tous le feront dans des circonstances terribles, pendant que d’autres essaieront de s’aimer à l’abri des regards, défiant une dernière fois les lois de l’Amour.

Voilà un roman bouleversant, maîtrisé de bout en bout. Il aura fallu cinq ans à Arundhati Roy pour venir à bout de son chef-d’oeuvre, aussi acclamé que critiqué pour ses thèmes polémiques. A la manière d’un puzzle, l’auteur nous livre des éléments en apparence isolés, sans importance, qui mis bout à bout finissent par dessiner la fresque tragique qu’est la vie de cette famille indienne. Le drame est connu depuis le début: la petite Sophie est morte, dans des circonstances indicibles. La famille a été pour toujours brisée, écrasée, éclatée.

Une fois que les pièces qui forment le tour du puzzle ont été placées, il reste le plus dur: mettre de l’ordre dans ce grand désordre qu’est le coeur…

(Titre français: Le Dieu des Petits Riens)

Roman lu dans le cadre du Challenge Littérature du Commonwealth

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Les Indes Noires – Jules Verne (1877)

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Voilà une véritable éternité que je n’avais pas lu de Jules Verne! Il fait partie de ces classiques tellement classiques que l’on croit les connaître sans même avoir jamais pris la peine de les lire…et c’est bien dommage! On passe toujours un bon moment, le nez dans un roman de Jules Verne…

Les Indes Noires, tel est le nom donné aux régions minières du Royaume-Uni au dix-neuvième siècle. A cette époque, l’Angleterre, le Pays de Galles, et surtout l’Écosse, sont littéralement les réserves en houille de toute l’Europe. Les exploitations extraient des tonnes de minerai tous les jours, les propriétaires sont riches, les emplois sont nombreux.

James Starr, ancien directeur de la mine d’Aberfoyle épuisée depuis 10 ans, reçoit un jour une lettre de son ancien contremaître, Simon Ford, le sommant de revenir à la mine. Quelques heures après, une missive griffonnée à la va-vite indique à James Starr qu’il n’est plus nécessaire qu’il se déplace…Curieux, James se met en route. Il retrouve donc Simon Ford, ainsi que sa femme Madge et son fils Harry, qui depuis la fermeture de la mine y résident toujours, à plusieurs mètres sous terre, ne voyant jamais la lumière du jour.

Lorsque Simon annonce à James qu’il pense avoir trouvé un nouveau filon, ce dernier n’en croit pas ses oreilles. Serait-il possible que la célèbre et prospère mine d’Aberfoyle recèle encore de ce précieux minerai? La découverte du nouveau filon est au-delà des espérances des deux hommes: derrière une paroi, se révèle une grotte à la taille faramineuse, haute de dizaines de mètres, surplombant un lac intérieur d’une profondeur insondable. Et partout, de la houille. Mais en essayant de rebrousser chemin, les 4 personnages font une découverte épouvantable: ils ont été emmurés vivants dans la grotte…

Ah, Jules Vernes, maître incontesté du roman d’aventure…! Passionné par la modernité, ses romans sont parsemés d’explications scientifiques qui, à nous, nous semblent bien évidemment dépassées mais qui, il y a 150 ans, devaient littéralement faire tomber les mâchoires de ses lecteurs! Les Indes Noires nous plonge dans l’Écosse reculée, pluvieuse, surplombée de massifs châteaux en ruines, riche en légendes et en histoires à faire frémir…Nous découvrons la vie des mineurs de l’époque, les subtilités du métier, et surtout, happés par le suspens, les pages sont tournées à toute vitesse, pressés que nous sommes d’avoir enfin le fin mot de l’histoire!

Véritablement un petit plaisir à s’accorder plus souvent.

Blues pour Élise – Léonora Miano (2010)

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Je suis en plein emménagement et redécouvre avec délices ma collection de livres, au fur et à mesure que les cartons se vident. Un an sans les voir, on peut dire qu’ils m’avaient manqué! Je suis tombée sur ce roman qui m’avait été offert à sa sortie et que je n’avais pas encore eu le temps de lire, et je l’ai dévoré d’une traite, sans m’arrêter.

Écrit par une auteure née au Cameroun et habitant en France, Blues pour Élise raconte quelques jours de la vie de proches, famille, amis, connaissances, tous issus de l’immigration subsaharienne. La majorité d’entre eux ne l’ont pas connue, ils sont nés en France, ou étaient trop jeune lorsque leurs parents ont quitté l’Afrique pour gagner la France. Ce sont de jeunes gens parfaitement intégrés, des jeunes femmes modernes comme on en voit partout, soucieuses de leur apparence, coquettes, saines, une petite communauté qui, comme le dit la quatrième de couverture, « adopte le mode de vie bobo, se nourrit de graines germées, se déplace en vélib’, recourt au speed dating pour rompre la solitude« .

Et si cet exil de l’Afrique a plus été la croix de leurs parents que la leur, on s’aperçoit vite que cette expérience, ce passé, a laissé chez tous ces jeunes gens une empreinte, voire même une cicatrice. Il y a Baptiste, jeune banlieusard, qui tente de refouler son homosexualité, jusqu’au jour où il rencontre Côme et décide alors d’avouer la vérité à sa bigote de mère. Il y a Akasha, qui depuis deux ans tente de se remettre d’une peine de coeur terrible. Shale, qui a toujours été persuadée qu’elle n’était pas née dans la bonne famille, et vient de trouver l’amour chez un homme qu’elle n’aurait jamais pensé aimer. Amahoro, qui après une nuit d’amour torride avec son partenaire, le voit prendre ses distances sans comprendre. Estelle, qui tombe amoureuse d’un homme qui n’est pas son partenaire. Malaïka, qui à la veille de son mariage est prise de panique: comment un homme pourrait-il aimer véritablement un corps aussi imparfait que le sien?

Et il y a Élise, la mère d’Estelle et Shale, qui a épousé un homme dont la famille ne l’a jamais acceptée. Qui a fui l’Afrique enceinte de Shale, après une expérience traumatisante, qu’elle a toujours cachée à ses filles. Et qui va décider de se libérer de ce poids, pour aller de l’avant avec son nouveau compagnon et commencer à panser les plaies de cette famille brisée.

Ce roman est une vraie expérience sensorielle. On y retrouve le Paris du Boulevard de Strasbourg, de la station de métro Château d’Eau, avec toutes ses boutiques de soins capillaires pour cheveux crépus, où les femmes endurent des souffrances terribles, physiques et psychologiques, pour accéder à ce que Dieu leur a refusé: des cheveux lisses. On y retrouve les épiceries africaines, leurs produits odorants, colorés. C’est toute une culture qui nous est offerte dans ce très beau roman, celle de l’Afrique française, qui peine parfois à trouver sa place, a importé sa musique, son créole, sa culture. La musique résonne en permanence dans les pages de ce roman, lui même construit comme une chanson, une polyphonie.

Un blues pour Élise, mais aussi pour tous ces hommes et ces femmes qui sont toujours, un peu, ici, et là-bas.