Towards Another Summer – Janet Frame (1963)

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Ecrit en 1963 mais publié de façon posthume en 2007, Towards Another Summer fait partie des écrits les plus autobiographiques de Janet Frame. Reprenant l’image de l’oiseau migrateur, auquel l’auteur/narratrice s’identifie, Janet Frame explore les thèmes du déracinement, de l’aliénation, de l’exil et du retour éventuel à un chez soi sublimé, à la fois perdu et toujours désiré.

Grace Cleave, écrivain néo-zélandais exilé à Londres, vit seule et ne fréquente guère de monde. Lorsqu’elle reçoit une invitation à venir passer quelques jours dans le nord de l’Angleterre, Grace doit prendre sur elle pour sortir de sa réclusion volontaire. Maladroite, incapable de s’exprimer clairement, souffrant de n’être pas cohérente avec l’image que les gens ont d’elle en lisant ses ouvrages, sauvage et réservée, Grace affronte ces quelques jours dans une famille où même les enfants semblent se muer en adversaires terrifiants.

La confrontation à autrui est un obstacle permanent au développement et à l’acceptation de soi. Comment faire comprendre aux autres que Grace est, presque littéralement, un oiseau migrateur, avec tout ce que cela comporte d’inhumanité et d’extrême indépendance? Obligée de s’exposer à l’Autre et de composer avec, Grace fantasme celle qu’elle aimerait être en société. Mais la réalité est douloureuse, frustrante, insuffisante, fade. Car à chaque instant, Grace est ramenée à ce passé douloureux en Nouvelle-Zélande, dont elle ne sait que faire.

Hospitalisée dans un établissement psychiatrique, la narratrice en veut à ce pays qui l’a mal diagnostiquée et a ainsi volé tant d’années de sa vie. Chez cet être incomplet, qui a fui la terre maternelle avec l’intention de ne jamais y remettre les pieds, la figure de l’oiseau vient combler le vide. Ne pouvant être qu’une moitié, il faut bien que quelque chose vienne la compléter, même si cela doit être la figure par excellence de la quête perpétuelle d’un ailleurs. Et évidemment, cette quête est vouée à l’échec, puisque tout ailleurs fantasmé et désiré renvoie évidemment à la perte initiale du nid, du foyer, à cet ailleurs que l’on repousse et qui nous appelle pourtant inlassablement.

Le hasard a voulu (mais était-ce vraiment le hasard?) que je lise ce roman au moment où je quittais moi-même la Nouvelle-Zélande après un an là-bas, pour revenir dans mon propre pays. Evidemment, il a fait écho chez moi de bien des façons, et c’est d’autant plus « drôle » que j’ai toujours considéré que ma croix serait éternellement d’être quelque part en voulant perpétuellement être ailleurs. La notion de « chez-soi » est un concept qui est loin d’être toujours acquis et évident, et ce roman dissèque à merveille le sentiment d’inadéquation avec son environnement, et d’inadéquation avec un « chez-soi » dans lequel on ne réside plus, mais que l’on rêve, toujours, constamment…

(Titre français -car oui, le roman est disponible en français youhou!- : Vers l’autre été)

Roman lu dans le cadre du Challenge « Littératures du Commonwealth« 

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Une réflexion sur “Towards Another Summer – Janet Frame (1963)

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