Foe – J.M. Coetzee (1986)

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Susan Barton est débarquée en pleine mer lors d’une mutinerie sur le bateau sur lequel elle voyage. Après une longue dérive, elle échoue sur une île, où vivent un homme nommé Cruso, et son esclave noir, Friday. Susan cohabite plusieurs mois avec ses compagnons: le taciturne Cruso qui ne voit pas l’intérêt d’être secouru, et le sauvage Friday, dont la langue a été coupée dans des circonstances qui demeurent un mystère. Le jour où un bateau accoste enfin sur l’île, Cruso tombe gravement malade, et ne survit pas au retour à Londres.

Susan se retrouve ainsi avec Friday, presque prisonnière du destin de cet homme avec lequel elle ne sait communiquer, qui ne semble pas comprendre ni où il est, ni qui il est, ni ce qu’il veut. Susan se met alors à la recherche du célèbre écrivain, Daniel Foe. Elle souhaite partager son expérience sur l’île, mais est incapable de l’écrire elle-même. Seulement, au fil de leurs très brefs échanges, Susan se retrouve dépossédée de sa propre histoire: Foe ne souhaite pas écrire sur l’île, qui ne présente selon lui pas assez d’intérêt pour en faire un vrai roman d’aventure, mais sur le passé de Susan, qui a traversé les océans pour retrouver la fille qui lui a été enlevée.

Au fur et à mesure que Foe tente de se réapproprier l’histoire, Susan perd pied avec sa propre réalité, et se met à douter de tout. La narration lui échappe au profit de Foe, qui prend complètement possession du roman. L’épisode sur l’île devient incertain, flou, difficile à lire. Tout ce qui n’est pas dit de la vie sur cette île, se mêle à tout ce que Friday n’a lui même jamais dit et la voix, ou l’absence de voix à la fois de la femme et de l’homme noir percent dans les silences de l’histoire de Foe.

Foe est un magnifique roman, que j’ai lu d’une traite, complètement fascinée et envoûtée. Evidemment, il n’est pas anodin que l’auteur soit originaire d’Afrique du Sud, et que cette oeuvre évoque les questions de la liberté et du pouvoir de parole des subalternes (femmes ou noirs), et de la difficulté à faire parler ces « inférieurs » dans la littérature occidentale au risque de supprimer, définitivement, leur propre voix.

(Titre français: Foe)

Roman lu dans le cadre du challenge « Littératures du Commonwealth« 

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7 réflexions sur “Foe – J.M. Coetzee (1986)

  1. J’aime beaucoup les romans qui s’écrivent dans la trame d’un autre. Sur un mode tout à fait différent, « L’affaire Jane Eyre » de Jasper Fforde est une vraie réussite.

    • Moi aussi, je trouve l’exercice de la réécriture absolument passionnante, surtout quand c’est fait avec talent! Merci pour ce conseil de lecture, je vais me renseigner!

  2. Suite à une déception, ce n’est pas un auteur que j’avais envie de relire, mais je suis intriguée par ce titre.
    Par ailleurs, je vois que tu es en train de lire The God of small things, je suis impatiente de connaître ton opinion !

    • De mon côté c’est justement un auteur que j’ai envie de continuer à découvrir, tellement Foe est extraordinaire!!
      Oui, cela fait longtemps que j’attends de lire The God of Small Things, c’est un moment un peu spécial…

  3. Pingback: Challenge du Commonwealth de retour en 2014-2015 ! | La Bouteille à la Mer

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