Antigone – Jean Anouilh (1946)

Antigone

Antigone est une tragédie qui m’a toujours beaucoup touchée. J’ai évidemment lu Sophocle, et puis l’adaptation en roman d’Henry Bauchau de 1997. Je n’avais en revanche jamais eu l’occasion de mettre le nez dans la réécriture d’Anouilh, et quel tort!

Antigone est la fille d’Oedipe, et la soeur d’Ismène, de Polynice et d’Etéocle. Elle vit à Thèbes à la cour du roi Créon, son oncle, dont elle doit épouser le fils, Hémon. Avant que Créon n’accède au trône, les deux frères étaient au pouvoir, qu’ils devaient se partager. Ne le supportant pas, Polynice a attaqué son frère, et les deux hommes sont morts dans ce combat fratricide. Traître aux yeux de Créon, Polynice doit pourrir au soleil, de l’autre côté des remparts, et demeurer sans sépulture. Cette seule pensée est insoutenable pour Antigone, bien décidée à enterrer Polynice, de ses propres mains s’il le faut, quitte à mourir pour cela.

Le personnage d’Antigone est la figure même de la femme bravant les interdits, pour une cause morale bien plus forte qu’elle. C’est une figure du renoncement, à la vie, à la loi, au monde des vivants. Car si le corps de Polynice, exposé, hante le monde des vivants de sa présence pourrissante, Antigone, elle, frappée de mort par la loi de Thèbes, est la vivante qui hante le monde des morts. Ce qui me touche particulièrement chez cette héroïne, c’est qu’elle possède des qualités que je qualifierais presque « d’animales ». Le rationnel n’a plus sa place dans l’entêtement insensé d’Antigone qui, presque mécaniquement, inlassablement, retourne près du corps de Polynice, le recouvrir de terre avec ses propres mains, comme si rien d’autre n’importait, n’existait plus.

Anouilh marque particulièrement bien cet aspect, en ne faisant pas d’Antigone la guerrière rebelle qu’on aime souvent voir en elle. La chair de Polynice est inscrite dans sa propre chair à elle, son acte n’est presque plus désespéré tant il semble être déterminé par une sorte d’instinct (non pas de survie, pour le coup), qui laisse sa soeur, Ismène, et le roi, Créon, totalement désemparés.

Jouée pour la première fois en 1944 (la pièce elle-même n’a été publiée qu’en 1946), cette tragédie s’inscrit forcément dans la grande tragédie qu’était en train de vivre l’Europe: la seconde Guerre Mondiale. Anouilh développe considérablement le personnage de Créon, en en faisant, non pas un tyran comme chez Sophocle, mais un homme qui n’a pas choisi d’être là, et tente simplement de faire son travail convenablement même si cela inclut de faire respecter des lois iniques et irrationnelles. Antigone devient une incarnation de la Résistance, qui refuse de courber l’échine devant tant d’arbitraire et d’injustice, et se retrouve sacrifiée comme figure de la dissension politique.

Pièce lue dans le cadre du challenge En Scène!

CategorieShakespeare

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12 réflexions sur “Antigone – Jean Anouilh (1946)

  1. Ce livre ne me rajeunit pas (il y a plus de vingt ans) je l’ai lu et étudié en classe de première et je l’ai vu au théâtre aussi mais ce souvenir est très lointain. J’ai tout de même souvenir d’un texte très fort et poignant !

  2. J’ai lu ce livre au lycée, et j’avais pris une sacrée claque.. Moi aussi, je l’ai relu plusieurs fois depuis, et je me dis souvent que si je devais élaborer un « TOP » de mes lectures, ce titre y aurait la première place !

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