Blues pour Élise – Léonora Miano (2010)

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Je suis en plein emménagement et redécouvre avec délices ma collection de livres, au fur et à mesure que les cartons se vident. Un an sans les voir, on peut dire qu’ils m’avaient manqué! Je suis tombée sur ce roman qui m’avait été offert à sa sortie et que je n’avais pas encore eu le temps de lire, et je l’ai dévoré d’une traite, sans m’arrêter.

Écrit par une auteure née au Cameroun et habitant en France, Blues pour Élise raconte quelques jours de la vie de proches, famille, amis, connaissances, tous issus de l’immigration subsaharienne. La majorité d’entre eux ne l’ont pas connue, ils sont nés en France, ou étaient trop jeune lorsque leurs parents ont quitté l’Afrique pour gagner la France. Ce sont de jeunes gens parfaitement intégrés, des jeunes femmes modernes comme on en voit partout, soucieuses de leur apparence, coquettes, saines, une petite communauté qui, comme le dit la quatrième de couverture, « adopte le mode de vie bobo, se nourrit de graines germées, se déplace en vélib’, recourt au speed dating pour rompre la solitude« .

Et si cet exil de l’Afrique a plus été la croix de leurs parents que la leur, on s’aperçoit vite que cette expérience, ce passé, a laissé chez tous ces jeunes gens une empreinte, voire même une cicatrice. Il y a Baptiste, jeune banlieusard, qui tente de refouler son homosexualité, jusqu’au jour où il rencontre Côme et décide alors d’avouer la vérité à sa bigote de mère. Il y a Akasha, qui depuis deux ans tente de se remettre d’une peine de coeur terrible. Shale, qui a toujours été persuadée qu’elle n’était pas née dans la bonne famille, et vient de trouver l’amour chez un homme qu’elle n’aurait jamais pensé aimer. Amahoro, qui après une nuit d’amour torride avec son partenaire, le voit prendre ses distances sans comprendre. Estelle, qui tombe amoureuse d’un homme qui n’est pas son partenaire. Malaïka, qui à la veille de son mariage est prise de panique: comment un homme pourrait-il aimer véritablement un corps aussi imparfait que le sien?

Et il y a Élise, la mère d’Estelle et Shale, qui a épousé un homme dont la famille ne l’a jamais acceptée. Qui a fui l’Afrique enceinte de Shale, après une expérience traumatisante, qu’elle a toujours cachée à ses filles. Et qui va décider de se libérer de ce poids, pour aller de l’avant avec son nouveau compagnon et commencer à panser les plaies de cette famille brisée.

Ce roman est une vraie expérience sensorielle. On y retrouve le Paris du Boulevard de Strasbourg, de la station de métro Château d’Eau, avec toutes ses boutiques de soins capillaires pour cheveux crépus, où les femmes endurent des souffrances terribles, physiques et psychologiques, pour accéder à ce que Dieu leur a refusé: des cheveux lisses. On y retrouve les épiceries africaines, leurs produits odorants, colorés. C’est toute une culture qui nous est offerte dans ce très beau roman, celle de l’Afrique française, qui peine parfois à trouver sa place, a importé sa musique, son créole, sa culture. La musique résonne en permanence dans les pages de ce roman, lui même construit comme une chanson, une polyphonie.

Un blues pour Élise, mais aussi pour tous ces hommes et ces femmes qui sont toujours, un peu, ici, et là-bas.

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4 réflexions sur “Blues pour Élise – Léonora Miano (2010)

  1. Léonora Miano parle d’afropéan, si j’ai bien compris, pour désigner cette Afrique française. Elle écrit des articles vraiment passionnants à ce sujet, qui s’éloignent de pas de clichés. Certains sont sur son site. Je la suis en fervente admiratrice ! Ce qui n’empêche que j’avais été un peu déçue par ce blues pour Elise, après avoir été bluffée par ses premiers romans, dont « L’intérieur de la nuit » et « Contours du jour qui vient » (ils se déroulent en Afrique, cette fois)

    • Ce que tu dis de l’auteur me donne vraiment envie de découvrir davantage son oeuvre! Je n’avais pas de moyen de comparaison donc j’ai été séduite par « Blues pour Elise » et je compte bien relire Léonora Miano dès que j’en aurai l’occasion!

  2. Je ne connais pas du tout mais l’aspect culturel me donne envie de lire ce roman, avec un Paris que je connais mais de l’extérieur… j’aimerais découvrir un peu mieux ce quartier du Château d’eau et l’histoire de ces divers personnages…
    Moi aussi je suis passée par un déménagement et j’étais très heureuse de retrouver mes livres… et une prochaine réorganisation de l’appart va me permettre d’en retrouver d’autres !

    • Oui c’est incroyable, j’ai eu l’impression de redécouvrir entièrement Paris à travers des yeux tout à fait nouveaux, c’était une expérience extrêmement plaisante!
      Mes livres sont sortis mais pour le moment empilés dans le salon, en attendant de trouver un logis dans une nouvelle bibliothèque!

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