Liver – Will Self (2008)

Liver

J’ai mis un temps infini à venir à bout de ce recueil de quatre nouvelles. Entre mon déménagement, les préparations de cours, une participation à un colloque à préparer, et l’adoption de deux chatons – qui en plus ont été malades -, je n’ai pas eu une minute à moi, et le soir, je tombais de sommeil au bout de 5 pages à peine. Pas idéal comme façon de traiter un livre, d’autant que celui-ci semblait prometteur.

J’ai découvert Will Self en licence, dans un cours où nous étudiions Le Portrait de Dorian Gray. Nous avions aussi travaillé sur l’une de ses réécritures, Dorian: An Imitation, de Will Self, et j’avais été tout à fait emballée et convaincue par cette adaptation du roman d’Oscar Wilde dont je suis, évidemment (mais qui ne l’est pas?) une grande fan. Transposé dans les années 80, Dorian Gray devenait un éphèbe mondain transmettant le virus du SIDA à tous ses partenaires, tandis que son image, au coeur d’une oeuvre d’art moderne composée de télévisions diffusant en permanence son portrait, se métamorphosait pour endosser la laideur de l’âme de Gray. Le roman était inspiré, rythmé, implacable, cruel et la langue d’une grande intelligence. Bref, j’avais adoré et le conseille grandement.

J’ai donc acheté Liver il y a quelques années, certaine que j’allais être tout aussi emballée. Malheureusement, la magie n’a pas opéré, et je ne pense pas que cela soit uniquement du fait de ma fatigue.

Le recueil se compose de quatre nouvelles, les deux premières plutôt longues. Ce chiffre n’est pas un hasard: quatre, comme les quatre lobes du foie, véritable figure tutélaire de cet ouvrage. Que ce soit chez les artistes de la première nouvelle, vivant leur existence dans une sorte de gavage alcoolisé permanent, qui détend les gonfle les foies jusqu’à causer leur mort; l’héroïne septuagénaire de la seconde, atteinte d’un cancer, qui fait un voyage en Suisse pour aller au bout d’un suicide assisté; le Prométhée moderne de la 3ème nouvelle, qui en échange du « feu sacré » (le succès dans son métier de publicitaire), se laisser dévorer le foie  par un vautour; ou le narrateur de la dernière nouvelles, le virus de l’hépatite, qui se répand et colonise toujours plus d’organes; le foie est le centre de tous les intérêts.

Nous avouerons que l’idée de base est vraiment curieuse! Et elle ne manquait pas d’intérêt, j’ai d’ailleurs eu un gros coup de coeur pour la nouvelle intitulée « Prometheus » (moi et mon goût pour les réécritures de mythes classiques…), qui fait véritablement froid dans le dos. Et il est vrai que Will Self a un talent phénoménal pour le sordide et le glauque. Alcooliques, drogués, suicide assisté, les thèmes sont pour le moins repoussants. Cependant, langue est d’une incroyable complexité, et c’est peut-être ce qui aura réussi à me perdre. Elle est riche, subtile, pleine de sous-entendus, de jeux de mots, de rappels et redites, de connexions, et forme un réseau quasiment inextricable dans lequel il devient très facile de s’égarer si l’on relâche son attention.

Dommage, dommage, mais cela ne m’empêchera pas de relire Will Self dès que j’en aurai l’opportunité!

(Ce roman n’a, je crois bien, pas été traduit en français…)

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2 réflexions sur “Liver – Will Self (2008)

  1. Moi aussi j’ai beaucoup aimé le Dorian de Self. J’ai tenté son dernier recueil de nouvelles traduit en français, Le piéton de Hollywood, mais je n’ai pu en venir à bout. Trop compliqué, truffé de références auxquelles je ne comprenais rien…
    Les grands singes est l’un de ses titres que j’ai aussi vraiment apprécié, car très drôle (bien que plutôt dégueu, par moments).
    Le livre de Dave est excellent également, mais peut nécessiter un temps d’adaptation (le vocabulaire y est spécifique, et on ne comprend pas forcément au début les corrélations entre les différentes parties).
    Tu l’auras compris, j’aime et auteur, mais je ferai l’impasse sur ce titre, au vu de ton commentaire..
    En tous cas, tu as raison de t’obstiner, car il a écrit de très très bonnes choses..

    • Je vois que l’on a le même ressenti global sur la difficulté de la langue et du style! Autant je l’avais trouvé exquis dans Dorian, autant là, j’admets humblement que c’était trop complexe pour moi! Je note tes conseils de lecture, je commencerai sûrement par Les Grands Singes alors!

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