The White Witch of Rosehall – Herbert G. de Lisser (1929)

witch

Ma pile à lire défie les lois de la gravité et pourtant, je me suis jetée sur ce roman sitôt reçu, sourde aux protestations de ceux qui attendent maintenant depuis des mois, voire des années.

La couverture, avec son kitsch incomparable m’a ravie: j’adore ce côté « roman cheap », pour ce qui est en fait un exemple très rare de roman mettant en scène une planteuse jamaïcaine aux pouvoirs sataniques, pendant féminin de Barbe-Bleue, accumulant les maris décédés dans des circonstances mystérieuses et versée dans l’art de l’obeah, l’art occulte afro-américain et caribéen.

J’avais eu vent de ce roman lors d’une lecture théorique (d’ailleurs chroniquée ici), lecture qui s’intéressait aux différentes représentations de la femme dans l’espace caribéen. Femme blanche, femme noire, bien sûr, et à l’intérieur de ces deux « catégories », des profils parfois attendus, parfois effroyables. La femme blanche au foyer, affairée à gérer le domestique tandis que son époux gère les esclaves et la plantation; la servante noire dont le fantasme collectif fait un danger permanent pour les enfants de la famille, sur lesquels elle a tout pouvoir; la femme blanche dont la pureté du sang est constamment mise en doute; et donc, aussi, la planteuse cruelle et magicienne.

Herbert G. de Lisser est né à la Jamaïque, et y aura vécu toute sa vie, officiant comme reporter d’un journal local. Il reprend dans ce roman des faits avérés, car oui, (frémissez, lecteurs!), la plantation de Rosehall existe, ainsi que sa propriétaire, dont le nom, Rosa Palmer, a été modifié par le temps et dans le roman, en Annie Palmer. Et même si cela, malgré tout, tient plus de la rumeur, cela fait tout de même froid dans le dos…

Le jeune Robert Rutherford est embauché sur la plantation de Rosehall pour y apprendre le métier de planteur. Son père, lui même planteur à la Barbade, souhaite lui passer les rênes de l’affaire, mais à condition que Robert devienne un gérant capable. Lorsque Robert aperçoit la propriétaire, Annie Palmer, il en tombe immédiatement amoureux. Annie Palmer est d’une beauté incomparable, et tous les hommes semblent sous son charme. Mais l’image de la belle Annie commence à se troubler, car des rumeurs, et même son comportement, s’avèrent pour le moins étranges…

Annie a eu trois maris, tous morts peu de temps après le mariage, dans des circonstances inexplicables. Les esclaves et domestiques, eux, sont convaincus qu’Annie les a tués. Et lorsque Robert assiste à une scène sordide, où Annie Palmer assiste avec délectation au châtiment d’un esclave, il commence à se poser des questions. Pourtant, Annie s’entiche de lui, et en fait son amant. Mais sa colère éclate le jour où elle apprend qu’elle n’a pas les faveurs exclusives de Robert, qui est tombé sous le charme d’une jeune noire libre, Millie, une superbe créature, petite-fille du puissant et redouté sorcier local, Takoo. Lorsque Millie tombe mystérieusement malade, et prétend avec terreur avoir reçu la visite nocturne d’un esprit maléfique venu la vider de son sang, Robert entreprend de tirer cette affaire au clair, quitte à offenser celle dont il ferait mieux de s’attirer les faveurs, Annie Palmer…

Ce roman était tellement excitant! Je l’ai dévoré de bout en bout, me délectant de la noirceur de la sublime Annie, et des scènes d’obeah, qui parviennent même à mettre un peu mal à l’aise. C’est effectivement une version tout à fait terrifiante et assez inédite de la créole dont on doute de la pureté raciale, et pire: qui fraye avec les noirs esclaves dans ce qu’ils ont de plus effroyable pour les blancs, à savoir leur magie et leurs croyances, dernier bastion imprenable de leur culture et de leur identité.

Evidemment, le roman n’a pas été traduit en français, mais je le recommande vivement!

Lecture faite dans le cadre du challenge Littérature du Commonwealth

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6 réflexions sur “The White Witch of Rosehall – Herbert G. de Lisser (1929)

  1. L’histoire me dit quelque chose … Est-ce possible qu’un film ait été tiré du livre ?
    En tout cas, ce billet donne vraiment envie de lire ce roman (qui vient de rejoindre ma longue liste à lire…) Merci !

      • ou alors l’histoire (ou une histoire similaire) est citée dans un film ou une série… Le résumé a ramené ce souvenir vague… Si ça fait flipper 🙂 je vais définitivement le lire !

      • je vais chercher de mon côté… je crois que j’ai une piste, mais je ne dis rien avant d’être certaine (j’ai visionné tellement de films ces dernières années – et pas mal de mauvais ! – que je mélange peut-être plusieurs éléments !

  2. Pingback: Challenge du Commonwealth de retour en 2014-2015 ! | La Bouteille à la Mer

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