The Blue Hour: a portrait of Jean Rhys – Lilian Pizzichini (2009)

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Je continue mon exploration de la vie et de l’oeuvre de Jean Rhys à travers ce qui n’est pas exactement une autobiographie, mais plutôt un « portrait », comme le précise le titre. En 300 pages, évidemment, difficile d’écrire une biographie exhaustive, mais ce n’est pas ici le but de l’auteur, qui préfère donner au lecteur une « impression », de Jean Rhys.

L’ouvrage est riche en faits bien sûr, en dates, en noms, mais il y a quelque chose de poétique dans le ton qui essaye davantage de capter l’essence de Jean Rhys, plutôt que de disséquer chaque petit moment de sa vie. On apprend donc des monceaux de choses, tout en ayant un aperçu plus subjectif, peut-être, qu’une biographie au sens classique du terme.

J’ai trouvé que c’était une excellente introduction à la vie de Jean Rhys, avant de continuer avec une vraie, grosse biographie. J’ai beaucoup aimé les liens faits entre la vie de l’auteur et ses oeuvres; j’étais loin de me douter que les écrits de Jean Rhys étaient aussi autobiographiques!  On découvre une femme incroyablement torturée (un peu dérangée?), qui ne se sera jamais vraiment remise du peu d’amour que lui a témoigné sa mère, mais également de la perte de son île natale, la Dominique, à laquelle rien n’a jamais pu se mesurer.

L’écriture était un besoin impérieux pour Jean Rhys, quasi vital, une façon de se débarrasser par l’écrit des terribles épreuves que lui a réservé la vie, c’était la seule façon pour elle d’être un tant soit peut « adéquate », dans un univers dans lequel elle aura toujours détonné. Trop timide, trop sauvage, trop « antillaise », pas assez britannique, pas assez délurée, trop agressive, Jean Rhys n’a jamais réussi à trouver une place qui lui convienne. Sa vie n’était faite que de cris, de deuils, de faux-semblants, de pauvreté crucifiante ou au contraire d’opulence enivrante.

Figure du demi-monde, elle a côtoyé les grands de cette époque-là: Hemingway, Gertrude Stein, Ford Madox Ford…Elle a été encensée, toujours et grandement pour son style, jamais pour ses thèmes, jugés trop triviaux, trop sombres, trop tragiques. Pourtant, Jean Rhys n’aura jamais fait qu’écrire la vie telle qu’elle est, sa vie à elle, avec ses horreurs et ses moments de laideur. La mort d’un enfant, l’abandon d’un deuxième, les décès, la maladie, le déracinement…

Jean Rhys est un personnage extrêmement complexe, et bien moins attendrissant que ce à quoi l’on peut s’attendre. Écrivain de génie, auteur du somptueux et douloureux Wide Sargasso Sea, – préquel à Jane Eyre- Jean Rhys dira elle-même, que si tout était à refaire, elle préférerait être heureuse plutôt que d’écrire.

On se réjouit presque, égoïstement, que le bonheur n’ait pas été plus foudroyant.

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3 réflexions sur “The Blue Hour: a portrait of Jean Rhys – Lilian Pizzichini (2009)

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