Elles se rendent pas compte – Boris Vian (1950)

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Boris Vian et moi, on a jamais vraiment réussi à s’apprivoiser. J’irai cracher sur vos tombes, L’écume des jours…sont autant de rendez-vous manqués. Ici encore, si je ne suis pas restée totalement de marbre, je ne peux pourtant pas dire que je me suis régalée. Je crois avant tout qu’il s’agit d’une question de langue. Le français borderline argot des années 50 est quand même tout ce qu’il y a de plus daté (« les souris », pour parler des filles?!), et je ne lui trouve pas grand charme. Du coup, vous avouerez que ça rend la lecture un peu pénible.

Heureusement, le roman était très court et bien rythmé, puisqu’il s’agissait d’un polar (encore un fait exceptionnel en ce qui me concerne). Francis Deacon, un jeune homme originaire de Washington dont le père a fait fortune pendant la Prohibition, est un habitué des soirées mondaines où l’alcool et la drogue coulent à flots. Lorsqu’il surprend l’une de ses meilleures amies, Gaya, en train de se faire des shoots de morphine, il décide de l’avoir à l’oeil. Mais lorsque celle-ci lui annonce qu’elle compte épouser son dealer, Richard Walcott, Francis décide de tirer tout cela au clair, et subtilise l’argent que Gaya comptait donner à son futur époux.

Car Richard est un homosexuel notoire, frère de la séduisante et redoutable Louise Walcott, elle-même à la tête d’un gang composé de seules femmes. Hors de question de laisser Gaya frayer avec ce monde là. Déguisé en femme et à l’aide de son frère Ritchie, Francis s’embarque alors dans une course poursuite haletante, ponctuée de rencontres sensuelles et sexuelles, avant l’affrontement final avec la belle Louise.

Deux cent pages d’humour noir et de situations cocasses, en compagnie d’un narrateur quelque peu timbré.

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Things fall apart – Chinua Achebe (1959)

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Je pense être totalement passée à côté de ce monument de la littérature coloniale africaine, car plus je lis de choses à son propos, plus je m’aperçois que ma lecture en a été superficielle, et que ce style peu familier m’a trop déroutée pour que je puisse me concentrer autant que ce roman l’aurait mérité.

Originaire du Nigéria, Chinua Achebe est extrêmement connu pour ses théories sur la question postcoloniale, et notamment sur la place des littératures en langues nationales. Plutôt ironique, ou intéressant, de constater que ce roman est écrit en anglais, et que la citation en exergue du texte est tirée d’un poème de Yeats…Ceci pose vraiment la question du nationalisme en littérature, dans un contexte colonial ou postcolonial. Mais la similitude avec la littérature anglophone s’arrête là, puisque le style n’a absolument rien d’occidental. Je serais bien en peine de définir ou de qualifier cette écriture (une écriture africaine? qu’est ce que cela veut dire?) et je suis déçue de constater que cette sortie de ma « zone de confort » m’a vraiment déboussolée! Impossible d’accrocher, j’ai survolé le roman sans jamais parvenir à rentrer dedans.

Pourtant, certains passages (plutôt sinistres, certes), m’ont vraiment fascinée, notamment les croyances vis-à-vis des nouveaux nés et de la naissance, la question du sacrifice humain, et évidemment la rencontre entre ces villageois nigérians et les missionnaires britanniques. Car le roman narre l’histoire d’Okwonko, un guerrier Igbo connu pour sa force, sa droiture et son courage. Lorsque les dieux lui demandent d’exécuter l’enfant d’un village voisin, obtenu en compensation d’une perte humaine, et qu’il héberge depuis des années au point de le considérer comme son propre fils, le vent tourne pour Okwonko. Un accident le rend coupable du meurtre du fils du doyen du village, et l’homme est condamné à un exil de sept ans.

Lorsqu’enfin, Okwonko rentre chez lui, les britanniques ont installé une mission dans la village et évangélisent petit à petit les habitants, dont le fils aîné d’Okwonko. Ce qui conduira ce dernier à commettre l’irréparable, et aux yeux du village, l’impardonnable.

Evidemment, il s’agit dans ce roman de montrer les dommages causés par la colonisation, tout en montrant les excès du communitarisme et d’une tradition excessive. Tiraillé entre deux mondes, le Nigéria des années 50 peine à trouver un équilibre et à combiner les modalités de deux réalités diamétralement opposées. Et cet équilibre ne peut se faire sans la perte de choses essentielles…

(Titre français: Tout s’effondre)

Roman lu dans le cadre du challenge Littérature du Commonwealth.

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Fire on the Mountain – Anita Desai (1977)

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Voilà deux semaines que ce blog hiberne (et moi aussi en quelque sorte!), mais je préparais ma toute première participation à un colloque international et j’étais bien trop stressée et prise par le travail pour me concentrer sur d’autres lectures que les lectures « boulot ». Croyez-le, j’ai avalé une quantité phénoménale d’ouvrages, mais peu ont leur place en ces lieux! Me voilà donc de retour, et même si je dois dès maintenant me mettre à préparer le prochain colloque, je devrais être plus libre de lire ce que je veux, au moins pendant quelque temps…

Je n’ai aucune envie de lire de longues choses pour le moment, il me faut du court, du rapide, peu d’efforts à fournir (la surchauffe me guetterait-elle?), et j’ai donc jeté mon dévolu sur l’une des premières oeuvres d’Anita Desai, auteur que j’aime énormément et dont je ne me lasse pas de découvrir les écrits.

Nanda Kaul est une arrière-grand-mère qui vit recluse dans une petite bâtisse appelée Carignano, perdue au milieu des montagnes de Kasauli au nord de l’Inde. Après une vie consacrée aux autres, à son époux universitaire, à ses enfants exigeants, à ses petits enfants, Nanda a décidé de se couper du monde et ne souhaite plus entendre parler de qui que ce soit. Lorsqu’une lettre arrive ou que le téléphone sonne, c’est une véritable souffrance pour Nanda Kaul, qui ne supporte plus la dépendance d’autrui. Mais un beau jour, sa fille lui écrit. Sa fille à elle est souffrante, et ne peut s’occuper de sa propre fille, Raka. Cette dernière, d’ailleurs, vient d’être gravement malade, et le grand air de la montagne lui ferait le plus grand bien.

Raka arrive donc à Carignano, et se présente pour Nanda Kaul comme une véritable intruse. D’abord, la vieille femme ne la connaît quasiment pas, et puis Raka est une petite créature étrange, maigrelette, sauvage, mutique, qui préfère passer ses journées à escalader les montagnes plutôt que la compagnie de son arrière-grand-mère. Ceci n’est pas pour déplaire à Nanda Kaul, du moins au début. Car elle se rend vite compte des similitudes qui existent entre son arrière-petit-fille et elle-même. Est-il possible d’être si semblables et de ne créer aucun lien? Et comment se frayer un chemin jusqu’au coeur de cette enfant qui ne semble même pas habiter le même monde?

Raka, elle, s’acclimate bien vite à ces montagnes sauvages. Les genoux et les mains perpétuellement en sang, elle escalade la montagne pour aller observer ce qui la fascine de façon indicible: le ravin dans lequel l’usine Pasteur, à quelques encablures de là, jette les dépouilles des animaux sur lesquels elle conduit ses expériences contre la rage. Le ravin serait, soit-disant, rempli de cadavres sanglants, d’organes en bouillie, et de chacals enragés venus dévorer les restes des bêtes. Raka développe une fascination pour le morbide, pour la destruction. À la saison où les incendies font rage dans cette montagne sèche et isolée, Raka attend fièvreusement d’assister au spectacle des flammes qui lèchent ses flancs. Jusqu’à ce que la tragédie se mettre en marche, inéluctable.

Ce n’est pas le meilleur roman que j’aie lu d’Anita Desai, même si je dois avouer avoir été séduite par les descriptions extrêmement sensuelles des lieux, de la nature luxuriante et des sentiments. Le personnage de Raka est lui aussi absolument fascinant. Le malsain chez les enfants marche toujours extrêmement bien chez moi (ça me fiche les jetons, à un point!) et cette petite en est un concentré qui fait frémir. A tel point que l’on aurait presque souhaité qu’elle le soit encore davantage…!

Roman lu dans le cadre du challenge Littérature du Commonwealth.

(Ce roman n’est à ma connaissance pas traduit en français)

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