What becomes of the Broken Hearted? – Alan Duff (1996)

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J’ai découvert assez tardivement qu’il y avait une suite au fabuleux roman Once Were Warriors du maori Alan Duff (chroniqué ici). C’était comme un deuxième Noël, je trépignais de hâte à l’idée de me le procurer et de le lire. C’est maintenant chose faite, et à présent que la dernière page a été tournée, j’ai l’impression d’avoir dit au revoir à des amis (des amis un peu extrêmes, qui fréquentent les gangs, s’entretuent et passent la journée à picoler, mais des amis tout de même!).

L’histoire commence sept ans après l’événement qui a brisé la famille Heke. Grace, 14 ans, s’était pendue à un arbre sur la propriété d’un propriétaire blanc, et dans une lettre, avait accusé son père d’attouchements sexuels. Beth, la mère, avait mis son mari Jake, alcoolique, violent et au chômage, à la porte. Et leur fils Nig avait été tué d’une balle dans un affrontement entre gangs.

En sept ans, beaucoup de choses se sont passées. Après avoir vécu un temps comme un clochard, Jake, qui vivait auparavant de l’aide sociale a fini par se résoudre à retrouver un travail. Puis un logement. Et lui qui est convaincu qu’il n’a jamais pu, même en état d’ébriété, toucher sa fille, et qui a été innocenté par un test ADN, subit l’ostracisme infligé par une communauté qui le considère malgré tout comme un monstre.

Beth a trouvé un nouveau compagnon. Un homme éduqué, respectable, un travailleur social que la cadette de Beth, Polly, considère comme sa chance de sortir de la misère dans laquelle semblent s’engluer tous les maoris. Mais Polly doit avant tout comprendre. Comprendre pourquoi sa grande soeur Grace, si intelligente, si responsable, si aimante, s’est pendue chez un blanc. C’est une rage, une colère qu’elle garde enfouie en elle. Elle hait son père pour ce qu’il aurait fait à Grace, mais désire surtout comprendre pourquoi Grace a choisi la propriété des Trambert pour mettre fin à ses jours.

Forcée au devoir de mémoire par les deux disparitions tragiques de Nig et de Grace, cette famille qui vivait jusqu’ici dans un présent fait d’alcool et de tabac, de sexe et de coups, de maltraitance et de rêves avortés apprend le recul, la rudesse du chemin vers la rédemption, apprend l’espoir d’une vie meilleure, la sollicitude envers autrui, la bonté envers soi-même.

Rien n’est une fatalité, comme le peuple maori dépeint dans ces deux romans semblait initialement le croire. Et si les cartes en mains ne permettent pas toujours une victoire facile, elles permettent au moins de se battre de toutes ses forces. Le concept de libre arbitre est au centre de ce roman, pour des personnages qui font le choix d’une vie meilleure, ou qui au contraire décident, plus ou moins consciemment, de se complaire dans une existence médiocre, faite de satisfactions aussi ponctuelles qu’évanescentes.

Si tout semble parfois très manichéen dans ce second roman, c’est pour mettre en valeur, à mon sens, la portée des choix de chacun. Aucun peuple n’est frappé par un destin hostile. Ce destin est le fruit de choix, de petits choix parfois, faits individuellement. Il va sans dire que ce roman m’a à nouveau bouleversée, par sa langue crue et sans concessions, par la beauté des âmes que l’auteur s’attache à dépeindre, par l’espoir, rude, violent, ou parfois si timide, qui s’insinue dans l’existence de ces êtres qui se sont jusqu’ici contentés d’exister sans réellement vivre.

Somptueux.

(Titre français: Les âmes brisées)

Roman lu dans le cadre du challenge Littérature du Commonwealth.

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Une réflexion sur “What becomes of the Broken Hearted? – Alan Duff (1996)

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