Petites scènes capitales – Sylvie Germain (2013)

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Ma rencontre avec Sylvie Germain date de mon année de seconde. Nous avions étudié Tobie des Marais et j’avais été soufflée, ce roman m’avait ouvert une quantité infinie de perspectives nouvelles, notamment celle de la réécriture. Et par la suite, j’avais emprunté tous les ouvrages de cette auteure dans la petite bibliothèque municipale de la ville où je vivais à l’époque. Le livre des Nuits, Nuit d’Ambre, Jours de Colère, L’enfant Méduse…et plus tard, Magnus, qui malheureusement n’avait pas réussi à me captiver contrairement aux autres romans, admirables.

En participant aux Matchs de la Rentrée Littéraire 2013 organisés par Priceminister, lorsque j’ai vu que Sylvie Germain figurait parmi la liste des ouvrages proposés, je n’ai pas hésité une seule seconde. Et j’ai reçu mon roman, que je n’ai pas mis longtemps à commencer.

Dans Petites Scènes Capitales, nous suivons la vie de Lili, alias Liliane, alias Barbara, depuis ses jeunes années jusqu’à sa vie de femme. Ici, le temps est mis à rude épreuve. D’ellipse en ellipse, nous cheminons parmi les éclats de vie de notre héroïne. Souvenirs marquants car cruciaux, ou au contraire anodins, ils forment le patchwork d’une vie éclose après la seconde guerre mondiale, et qui aura traversé toute la deuxième moitié du 20ème siècle. Depuis le trauma initial, celui d’une mère morte en mer et qui a abandonné sa progéniture, Lili tente de redonner un sens à la notion, sinon de famille, du moins de clan. Tout d’abord avec les enfants de la seconde compagne de son père, la belle Viviane.  Puis, jeune adulte, avec les idéalistes de mai 68. Sans grand succès semblerait-il, puisque la solitude s’immisce même -surtout- au milieu de ses pairs.

Et puis la vie s’égrène, normale, banale, portant son lot d’aveux troublants, de découvertes honteuses, de décès, de maladie, de naissances, de départs et de retours. La famille éclate, sans nécessairement de brusquerie, mais comme elle le font, souvent. Sylvie Germain m’a toujours bouleversée par sa façon d’évoquer, dans chacun de ses romans, la question de la filiation, de l’origine, et de l’expiation. Il y a toujours une dimension symbolique, un sacré presque mythologique qui s’invite dans les romans de l’auteur, et place ainsi ses oeuvres parmi les immortels. Le profane et le sacré se côtoient, l’anodin et l’éminent, le minuscule et l’absolu. Encore une fois, l’histoire cette tribu a presque quelque chose de religieux, de spirituel.

Pourtant, j’ai eu quelques craintes. Car, de mon point de vue, autopsier la douleur ne sera jamais la meilleure façon d’en parler et il est vrai que parfois, cet effort, cette volonté d’essayer de mettre des mots sur l’indicible m’aura semblé, sinon irritant, du moins un peu vain. Et ceci, toujours de mon point de vue, alourdit considérablement la légèreté, la qualité fugace des épiphanies, des moments lumineux qui nous sont offerts dans ce roman.

La langue de Sylvie Germain est toujours, perpétuellement, immanquablement somptueuse, juste, élégante, mais je n’ai pas été totalement enveloppée, emmenée, transportée par ce roman. Il m’a manqué le sacré de Jours de Colère, le prophétique de Tobie des Marais, le légendaire de Nuit d’Ambre

Un grand merci à Priceminister pour cette découverte, à laquelle j’attribue la note de 7/10!

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2 réflexions sur “Petites scènes capitales – Sylvie Germain (2013)

  1. Je n’ai jamais lu Sylvie Germain, mais j’en entends beaucoup parler sur la blogosphère. Ton avis me donne encore plus envie de me pencher dessus, notamment les anciens dont tu parles.

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