L’asphyxie – Violette Leduc (1946)

photo-22

Autobiographique (comme le reste de l’oeuvre de Violette Leduc), ce premier roman narre l’enfance de l’auteur, une enfance solitaire, douloureuse, faite d’amour non rendu et de brimades perpétuelles. La jeune Violette est née dans le nord de la France, d’une mère coquette et volage, d’un père qui ne l’a jamais reconnue. Une enfant non désirée. Depuis le jour de sa naissance, elle tache de composer avec ce statut d’intruse, et se glisse petit à petit dans la peau du bouc émissaire. Sa mère la rejette, projette sur sa fille toute sa frustration de femme à qui une grossesse non souhaitée a volé la vie. Violences verbales, insultes, froideur, la jeune Violette ne vit que pour obtenir des miettes d’amour maternel.

Mendiante affective, elle trouve un équilibre dans la tendresse sans borne de sa grand-mère. Jusqu’au jour où celle-ci décède. Le monde de Violette s’écroule, elle pleure, et comme sa mère ne supporte pas cette enfant geignarde et dépendante, elle l’envoie en pensionnat. La vie n’est guère mieux là-bas. Définitivement éloignée de cette mère dont elle n’attend qu’un geste tendre, Violette est passive, discrète, fragile.  Mais le pensionnat, à la longue, finit par prendre des airs de famille. Hiérarchie, adultes, enfants, cela ressemble presque à un clan. Et lorsque sa mère décide de ne pas venir à la chercher à l’occasion d’un week-end de 3 jours, alors que tout le monde a déserté le pensionnat, Violette décide de se le créer, son clan. De respirer. D’emplir ses poumons d’air. Pour la première fois.

Depuis le jour où j’ai ouvert le magnifique roman autobiographique La Bâtarde du même auteur (qui a manqué de peu le prix Goncourt), je suis tombée amoureuse de Violette Leduc. À fleur de peau, l’auteur plonge sa plume dans sa propre chair, dans son propre sang, pour écrire sa vie. Elle nous livre les lambeaux d’une existence passée à chercher l’amour, chez les hommes, chez les femmes (elle a été follement amoureuse de son amie et protectrice Simone de Beauvoir), invariablement au mauvais endroit, comme si la perspective de le trouver pour de bon était effrayante. L’écriture est à vif, torturée, sombre, pleine de la douleur d’une vie entière à avoir peur des autres, tout en crevant d’obtenir leur amour.

Lire du Violette Leduc, c’est accepter d’être blessé par des mots, des mots décharnés, des mots écartelés, et c’est accepter de ne pas en ressortir indemne. Une véritable expérience de lecture.

Publicités

2 réflexions sur “L’asphyxie – Violette Leduc (1946)

  1. Je suis allée voir le film avec Emmanuelle Bedos et j’ai beaucoup aimé ce personnage d’écorchée vif. Je ne l’ai en revanche jamais lue, par quel roman me conseilles-tu de commencer ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s