The Red Badge of Courage – Stephen Crane (1895)

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Contrairement aux apparences, ce blog n’est pas en pause. Du moins, pas volontairement. Depuis le mois de janvier, je suis pour ainsi dire en apnée et si les occasions de lire ne manquent jamais, celles de venir en parler sur ce blog se raréfient de façon bien frustrante! La thèse me prend beaucoup de temps et il est vrai que mes lectures sont bien souvent savantes et peu distrayantes.

Je résiste, et m’entête à m’accorder quelques instants de lecture « plaisir » malgré tout, mais j’avance du coup très très lentement.

Je viens de refermer The Red Badge of Courage de Stephen Crane, 150 pages que je pensais dynamiter en 2 jours, et qui m’en ont pris près de 15…

Écrit en 1895 alors même que l’auteur n’a jamais vécu du temps de la Guerre de Sécession, ce court roman narre l’entrée dans l’armée du jeune Henry Fleming, qui rejoint de son plein gré les troupes nordistes. Le coeur empli de fierté à l’idée de défendre son camp, Henry rêve de valeureux faits d’armes, de blessures imposant le respect, de courage et de bravoure. Il est bien loin de se douter que la guerre elle-même n’a que très peu à voir avec la propagande que l’on bâtit autour d’elle.

Assez vite, le doute le saisit. Aura t-il le courage d’aller au combat, lorsque le moment se présentera? Aura t-il la force nécessaire pour dresser son corps en rempart contre le feu des sudistes?

Lorsque le premier combat s’annonce, Henry fuit. Mort de honte, il s’évertue à cacher ceci à ses camarades, qui eux reviennent blessés de ce premier affrontement. Puis, une nouvelle opportunité se présente, durant laquelle Henry obtient enfin sa première blessure. Mais il s’agit d’une blessure bien honteuse: un coup de baïonnette donné par mégarde par l’un des soldats amis…Qu’importe, personne n’est censé le savoir, et Henry se gargarise d’avoir soit disant réussi à échapper à une balle. Jusqu’au troisième combat, où Henry va peut-être enfin avoir l’occasion de faire honneur à l’Union…

Ce n’est pas un roman terriblement passionnant. Dans la lignée des récits de guerre, la seule différence est ici que l’auteur s’est concentré sur la psychologie du personnage davantage que sur les événements eux-mêmes. De façon assez novatrice, l’auteur nous livre le ressenti d’un jeune homme qui se retrouve propulsé au beau milieu de l’horreur, de la mort et de la douleur. Ce roman reste tout de même un roman remarquable au niveau de la force du récit: Stephen Crane, tout en n’ayant lui-même jamais connu la guerre, a su livrer une version plus que convaincante des atrocités de celle-ci, et du traumatisme encouru par ses participants.

(Titre français: La Conquête du Courage)

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La Morte Amoureuse – Théophile Gautier (1836)

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Un petit détour par le récit misogyne du dix-neuvième siècle avec deux nouvelles de Théophile Gautier, que je pense, par ailleurs, n’avoir jamais lu avant ce jour…

Dans La Morte Amoureuse comme dans Une Nuit de Cléopâtre (les éditeurs se sont un peu emballés avec leur sous-titre au pluriel: il n’y a en tout et pour tout que deux nouvelles dans ce petit livre…), on retrouve l’image de la femme comme prédatrice infernale, à moitié succube, à moitié sorcière, qui se nourrit des hommes et plus spécifiquement de leur souffrance et de leur mort. Dans ces deux nouvelles très fortement gothiques, la femme est un suppôt de Satan, qui se fait tentatrice et cause la perte du sexe masculin.

La Morte Amoureuse relate la tentation que subit un jeune prêtre fraîchement ordonné, après avoir croisé le regard de cette sublime et troublante jeune fille qui, un beau jour, semble sans raison jeter son dévolu sur lui. Les mises en gardes de son supérieur n’y feront rien: Clarimonde a beau être un revenant, plusieurs fois morte et ressuscitée, le jeune prêtre n’en a que faire. Clarimonde l’a ensorcelé, et l’emmène en rêve dans des palais vénitiens où a lieu la plus grande, et la plus sublime débauche…

Dans Une nuit de Cléopâtre (que j’ai préférée, parce que je la trouve bien plus perverse), une Cléopâtre désoeuvrée et alanguie se plaint, constamment, de s’ennuyer mortellement. A force de tout avoir, on ne sait plus que désirer…Jusqu’au jour où un jeune homme, un anonyme, a le culot de lui avouer son amour, et de l’épier dans son bain. Le prenant au mot, Cléopâtre accepte de l’aimer. Une soirée. Pendant une soirée, elle sera sienne, et elle lui fera vivre toute l’intensité d’une vie en quelques heures seulement. Avant, de l’exécuter, froidement, avec le plus grand détachement du monde…

Un bon petit moment « fantastique », même si, il faut bien l’avouer, le style exagérément descriptif de Gautier a tout de même mal vieilli…

Les Indes Noires – Jules Verne (1877)

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Voilà une véritable éternité que je n’avais pas lu de Jules Verne! Il fait partie de ces classiques tellement classiques que l’on croit les connaître sans même avoir jamais pris la peine de les lire…et c’est bien dommage! On passe toujours un bon moment, le nez dans un roman de Jules Verne…

Les Indes Noires, tel est le nom donné aux régions minières du Royaume-Uni au dix-neuvième siècle. A cette époque, l’Angleterre, le Pays de Galles, et surtout l’Écosse, sont littéralement les réserves en houille de toute l’Europe. Les exploitations extraient des tonnes de minerai tous les jours, les propriétaires sont riches, les emplois sont nombreux.

James Starr, ancien directeur de la mine d’Aberfoyle épuisée depuis 10 ans, reçoit un jour une lettre de son ancien contremaître, Simon Ford, le sommant de revenir à la mine. Quelques heures après, une missive griffonnée à la va-vite indique à James Starr qu’il n’est plus nécessaire qu’il se déplace…Curieux, James se met en route. Il retrouve donc Simon Ford, ainsi que sa femme Madge et son fils Harry, qui depuis la fermeture de la mine y résident toujours, à plusieurs mètres sous terre, ne voyant jamais la lumière du jour.

Lorsque Simon annonce à James qu’il pense avoir trouvé un nouveau filon, ce dernier n’en croit pas ses oreilles. Serait-il possible que la célèbre et prospère mine d’Aberfoyle recèle encore de ce précieux minerai? La découverte du nouveau filon est au-delà des espérances des deux hommes: derrière une paroi, se révèle une grotte à la taille faramineuse, haute de dizaines de mètres, surplombant un lac intérieur d’une profondeur insondable. Et partout, de la houille. Mais en essayant de rebrousser chemin, les 4 personnages font une découverte épouvantable: ils ont été emmurés vivants dans la grotte…

Ah, Jules Vernes, maître incontesté du roman d’aventure…! Passionné par la modernité, ses romans sont parsemés d’explications scientifiques qui, à nous, nous semblent bien évidemment dépassées mais qui, il y a 150 ans, devaient littéralement faire tomber les mâchoires de ses lecteurs! Les Indes Noires nous plonge dans l’Écosse reculée, pluvieuse, surplombée de massifs châteaux en ruines, riche en légendes et en histoires à faire frémir…Nous découvrons la vie des mineurs de l’époque, les subtilités du métier, et surtout, happés par le suspens, les pages sont tournées à toute vitesse, pressés que nous sommes d’avoir enfin le fin mot de l’histoire!

Véritablement un petit plaisir à s’accorder plus souvent.