The child, the state, and the Victorian novel – Laura C.Berry (1999)

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La rentrée universitaire est derrière moi depuis deux semaines déjà, et elle a mis un sacré coup à mon rythme de lecture. Entre les cours, les obligations annexes, la thèse, une communication à préparer pour un colloque et les lectures plaisir, j’ai encore un peu de mal à jongler avec ce nouvel emploi du temps bien chargé.

J’ai donc peiné à venir à bout de cet ouvrage passionnant, qui faisait pourtant partie des lectures « loisir ». Le roman victorien et moi entretenons une relation conflictuelle. Un collègue et ami, découvrant ma bibliothèque il y a de ça quelques temps déjà, s’était exclamé « et bien, il y a pas mal de victorien ici! », ce qui m’avait passablement surprise. Loin d’être ma période de prédilection, je ne peux pourtant pas dire que j’aie déjà été déçue par un roman du XIXème siècle, bien au contraire. Tous ceux que j’ai lus m’ont comblée, et pourtant…j’y reviens rarement spontanément. Et encore une fois, ironiquement, le choix de ce livre illustre parfaitement l’étrangeté de mes rapports avec le victorien…

Cette étude de Laura C.Berry propose une façon tout à fait dynamique et stimulante d’étudier la place et le statut des enfants dans le roman victorien. Partant en effet de débats politiques, de lois mises en place, ou plus largement de discussions dans l’air du temps, l’auteur confronte ces derniers à de grands textes littéraires de l’époque, ayant en commun d’aborder la question de l’enfant dans la société. Car, fait tout à fait étonnant, en Angleterre, la lutte pour les droits des enfants est passée par la politique tout comme elle s’est épanouie dans la littérature. Il n’y a qu’à penser aux romans de Dickens, pour réaliser qu’effectivement, l’enfant dans le roman victorien dénonce constamment quelque chose.

Par le biais de romans majeurs tels que Frankenstein, Oliver Twist, Dombey & Son, Wuthering Heights, Wildfell Hall et Adam Bede, Laura C.Berry revient sur les débuts des débats sur le statut de l’enfant dans la société anglaise au XIXème siècle. Depuis longtemps considéré comme de la vermine, au même titre que tous les pauvres, l’enfant devient petit à petit, timidement, une solution contre la pauvreté. On réalise qu’en l’éduquant, on parvient à en faire un adulte qui n’est pas une bête, cherchant uniquement à survivre et à se reproduire (le parallèle de l’auteur entre la figure du pauvre et la créature de Frankenstein -faite de morceaux humains issus, on l’imagine, de corps d’indigents, en quête d’une partenaire et réprimant perpétuellement une faim dévorante- est d’ailleurs brillante et tout à fait inspirante). L’enfant doit alors être séparé de ses parents, afin qu’il ne soit pas « contaminé ».

La question de la contamination est loin d’être marginale, puisque nous retrouvons ensuite le débat autour des nourrices, cristallisant toutes les angoisses des classes supérieures à propos de la circulation des fluides entre pauvres et riches. Puisque l’enfant pauvre doit être tenu à l’écart de ses parents pour éviter d’être moralement souillé, la nourrice, en allaitant les enfants riches (et donc moralement exemplaires), ne risque t-elle pas de corrompre les classes dirigeantes? Ceci, ainsi que l’avènement des réseaux ferroviaires, voit naître l’angoisse de la fluidité entre des mondes destinés à ne jamais se côtoyer. L’enfant serait alors la petite plaie par laquelle l’infection peut se propager à toute une classe.

Les deux derniers chapitres de l’ouvrage sont eux consacrés à la question de la garde des enfants (souvent donnée au père, d’office, et ainsi semblable à une sorte de détention carcérale) mise en parallèle avec le roman Wuthering Heights d’Emily Brontë où l’enfant (et plus tard l’adulte) est maintenu dans une sorte de servitude quasi animale; et au très sombre sujet de l’infanticide, confronté cette fois-ci au roman Adam Bede de George Eliot.

Evoquant des lois et débats tout à fait majeurs du XIXème siècle, l’auteur illustre la façon dont, d’un état presque purement libéral, la question de la sphère privée, et donc de l’éducation et des enfants, est devenue le souci d’un état de plus en plus interventionniste. Et a abouti, après quelques dizaines d’années (entre autres), à la scolarité obligatoire et à la reconnaissance d’un individu à part entière, doté d’une psychologie propre et absolument déterminante pour l’avenir du pays entier.

(Pas de traduction française)

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Mirror, Mirror: A history of the human love affair with reflection – Mark Pendergrast (2003)

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Quel ouvrage! Long et parfois un peu compliqué pour qui n’est pas versé en physique (moi par exemple), c’est cependant une source incroyable d’anecdotes toutes plus sympathiques les unes que les autres.

Saviez-vous que la fille de Graham Bell avait failli s’appeler « Photophone »? (véto de madame Bell, heureusement!)

Qu’un nombre phénoménal d’astronomes est devenu aveugle en essayant de regarder le soleil à l’oeil nu?

Que dans les années 1930, une femme utilisait en moyenne 500 grammes de poudre pour le visage par an?

Depuis l’Antiquité et les miroirs en obsidienne polie à nos jours où le miroir est partout, dans nos maisons, dans les rues, Mark Pendergrast nous fait voyager dans le temps. Tout le monde y passe! Les égyptiens qui en plaçaient dans les tombes des défunts afin d’aider l’âme à voyager, les Aztèques et leur dieu Tezcatlipoca dont l’un des pieds était en fait un miroir, les Grecs qui s’en servaient parfois à des fins plus sensuelles et érotiques.

Le miroir servait à contempler son âme, croyait-on, jusqu’à ce qu’au Moyen Age, ce même miroir ne devienne une porte sur l’autre monde, le monde des démons et des forces maléfiques (beaucoup de gens portaient des miroirs dans le dos, afin de faire fuir un démon qui en approchant sa victime, serait effrayé par son propre reflet). Il ne faudra pas longtemps avant de voir apparaître la catoptromancie, la divination dans les miroirs, qui sera par la suite considérée comme hérésie et très lourdement punie.

Avec l’avènement de la science, les grands noms de l’optique apparaissent: Archimède, Alhacen, John Dee, Galilée, Newton, Descartes, William Hershel, Hale et Ritchey. On ne manque pas non plus de faire un détour par les arts, et les progrès que le miroir a permis de faire, surtout en terme de perspective avec Brunelleschi, Jan Van Eyck, Léonard de Vinci.

La photographie, les télescopes, les rayons X, le kaléidoscope, le radar, l’utilité du miroir est sans fin, et Mark Pendergrast nous offre une odyssée incroyable à travers les temps, à la recherche du miroir parfait, du miroir le plus grand, pour percer les mystères de la création, et comprendre, un peu mieux, qui nous sommes.

(Pas de traduction française à ma connaissance)