Things fall apart – Chinua Achebe (1959)

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Je pense être totalement passée à côté de ce monument de la littérature coloniale africaine, car plus je lis de choses à son propos, plus je m’aperçois que ma lecture en a été superficielle, et que ce style peu familier m’a trop déroutée pour que je puisse me concentrer autant que ce roman l’aurait mérité.

Originaire du Nigéria, Chinua Achebe est extrêmement connu pour ses théories sur la question postcoloniale, et notamment sur la place des littératures en langues nationales. Plutôt ironique, ou intéressant, de constater que ce roman est écrit en anglais, et que la citation en exergue du texte est tirée d’un poème de Yeats…Ceci pose vraiment la question du nationalisme en littérature, dans un contexte colonial ou postcolonial. Mais la similitude avec la littérature anglophone s’arrête là, puisque le style n’a absolument rien d’occidental. Je serais bien en peine de définir ou de qualifier cette écriture (une écriture africaine? qu’est ce que cela veut dire?) et je suis déçue de constater que cette sortie de ma « zone de confort » m’a vraiment déboussolée! Impossible d’accrocher, j’ai survolé le roman sans jamais parvenir à rentrer dedans.

Pourtant, certains passages (plutôt sinistres, certes), m’ont vraiment fascinée, notamment les croyances vis-à-vis des nouveaux nés et de la naissance, la question du sacrifice humain, et évidemment la rencontre entre ces villageois nigérians et les missionnaires britanniques. Car le roman narre l’histoire d’Okwonko, un guerrier Igbo connu pour sa force, sa droiture et son courage. Lorsque les dieux lui demandent d’exécuter l’enfant d’un village voisin, obtenu en compensation d’une perte humaine, et qu’il héberge depuis des années au point de le considérer comme son propre fils, le vent tourne pour Okwonko. Un accident le rend coupable du meurtre du fils du doyen du village, et l’homme est condamné à un exil de sept ans.

Lorsqu’enfin, Okwonko rentre chez lui, les britanniques ont installé une mission dans la village et évangélisent petit à petit les habitants, dont le fils aîné d’Okwonko. Ce qui conduira ce dernier à commettre l’irréparable, et aux yeux du village, l’impardonnable.

Evidemment, il s’agit dans ce roman de montrer les dommages causés par la colonisation, tout en montrant les excès du communitarisme et d’une tradition excessive. Tiraillé entre deux mondes, le Nigéria des années 50 peine à trouver un équilibre et à combiner les modalités de deux réalités diamétralement opposées. Et cet équilibre ne peut se faire sans la perte de choses essentielles…

(Titre français: Tout s’effondre)

Roman lu dans le cadre du challenge Littérature du Commonwealth.

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Waiting for the Barbarians – J.M. Coetzee (1980)

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Je suis en train de me prendre d’une passion dévorante pour les romans de J.M. Coetzee, et j’ai bien l’intention de me procurer d’autres écrits sous peu pour continuer à découvrir le travail de cet auteur formidable.

Après Foe que j’ai lu cet été, j’ai cette-fois ci jeté mon dévolu sur Waiting for the Barbarians. Rien que le titre me faisait envie, en grande amatrice que je suis de la question de l’Autre… Et à vrai dire, je ne m’attendais pas à prendre un tel coup de poing dans le ventre. J’ai tourné la dernière page avec les tripes nouées, une vague sensation de dégout, et l’assurance d’avoir vécu un grand moment de lecture.

Le narrateur, dont nous ne connaissons pas le nom, est depuis quelques décennies magistrat d’une petite ville coloniale quelque part à la frontière de « l’Empire ». Aucun lieu géographique précis, aucun nom, ceci pourrait avoir lieu partout. Il vit une existence paisible, gérant les affaires de la ville, visitant régulièrement sa favorite au bordel du coin. Et surtout, il ne croit pas le Troisième Bureau, l’instance supérieure qui régit les affaires de l’Empire, persuadé que les Barbares s’apprêtent à envahir. Lorsque celui-ci envoie dans la petite ville du magistrat des soldats chargés de mener des missions de reconnaissance, la paix a tôt fait d’être remplacée par la plus froide et la plus imbécile des barbaries.

Raids, expéditions punitives (pour punir de quoi? personne n’a envahi!), les fameux « barbares » sont capturés, massacrés, torturés pour leur soutirer des aveux. Vont-ils, oui ou non, attaquer l’Empire? Que la réponse soit oui ou non, le sang coule, sans relâche. Et le magistrat, qui jusqu’ici représentait cette autorité impériale sans jamais se poser de questions, prend subitement le parti des opprimés, des Autres. Devenu lui aussi persona non grata, ennemi de l’empire, il va connaître le même sort que les barbares, sera traité en animal, brisé, annihilé.

Y a t-il vraiment lieu de lutter lorsqu’on sait qu’on ne peut pas gagner?

Ce roman brosse un portrait terrifiant du concept d’Empire, et de ses dérives. Evidemment, la frontière se brouille entre les barbares et les justes. Qui est le barbare? Sûrement pas celui que l’on désigne comme tel, ou alors, sur quelle échelle de valeur? Peut-on, même lorsqu’on est le mieux disposé du monde, franchir ce fossé gigantesque entre soi et l’autre? Peut-on se comprendre, communiquer? La réponse de Coetzee n’est pas des plus optimistes, mais elle est magistrale.

(Titre français: En attendant les barbares)

Roman lu dans le cadre du challenge Littérature du Commonwealth.

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Foe – J.M. Coetzee (1986)

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Susan Barton est débarquée en pleine mer lors d’une mutinerie sur le bateau sur lequel elle voyage. Après une longue dérive, elle échoue sur une île, où vivent un homme nommé Cruso, et son esclave noir, Friday. Susan cohabite plusieurs mois avec ses compagnons: le taciturne Cruso qui ne voit pas l’intérêt d’être secouru, et le sauvage Friday, dont la langue a été coupée dans des circonstances qui demeurent un mystère. Le jour où un bateau accoste enfin sur l’île, Cruso tombe gravement malade, et ne survit pas au retour à Londres.

Susan se retrouve ainsi avec Friday, presque prisonnière du destin de cet homme avec lequel elle ne sait communiquer, qui ne semble pas comprendre ni où il est, ni qui il est, ni ce qu’il veut. Susan se met alors à la recherche du célèbre écrivain, Daniel Foe. Elle souhaite partager son expérience sur l’île, mais est incapable de l’écrire elle-même. Seulement, au fil de leurs très brefs échanges, Susan se retrouve dépossédée de sa propre histoire: Foe ne souhaite pas écrire sur l’île, qui ne présente selon lui pas assez d’intérêt pour en faire un vrai roman d’aventure, mais sur le passé de Susan, qui a traversé les océans pour retrouver la fille qui lui a été enlevée.

Au fur et à mesure que Foe tente de se réapproprier l’histoire, Susan perd pied avec sa propre réalité, et se met à douter de tout. La narration lui échappe au profit de Foe, qui prend complètement possession du roman. L’épisode sur l’île devient incertain, flou, difficile à lire. Tout ce qui n’est pas dit de la vie sur cette île, se mêle à tout ce que Friday n’a lui même jamais dit et la voix, ou l’absence de voix à la fois de la femme et de l’homme noir percent dans les silences de l’histoire de Foe.

Foe est un magnifique roman, que j’ai lu d’une traite, complètement fascinée et envoûtée. Evidemment, il n’est pas anodin que l’auteur soit originaire d’Afrique du Sud, et que cette oeuvre évoque les questions de la liberté et du pouvoir de parole des subalternes (femmes ou noirs), et de la difficulté à faire parler ces « inférieurs » dans la littérature occidentale au risque de supprimer, définitivement, leur propre voix.

(Titre français: Foe)

Roman lu dans le cadre du challenge « Littératures du Commonwealth« 

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