Rebecca – Daphne du Maurier (1938)

photo-14

Au semestre prochain, j’enseignerai Rebecca de Daphne du Maurier à mes 1ère année de Licence. Et j’ai hâte!

Je n’avais jamais lu le roman avant cela, mais je connaissais l’histoire grâce à l’adaptation d’Hitchcock. Je me suis donc plongée dans Rebecca pendant les vacances de Noël, et quel bonheur! Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas lu de roman aussi prenant, de ceux qui vous happent immédiatement et ne vous lâchent plus jusqu’à la dernière page. En plus, je ne sais pas vous, mais le roman gothique, c’est quand même toujours un grand moment de plaisir…

J’ai commencé par trouver les premiers chapitres d’une simplicité un peu frustrante. J’ai eu le sentiment que l’auteur enfonçait des portes ouvertes et faisait preuve de bien peu d’originalité et de subtilité dans l’écriture. C’est une impression qui me reste, de façon certes beaucoup plus ténue maintenant que j’ai refermé la dernière page, mais cette sensation a été bien vite oubliée, tant Du Maurier est douée dans le domaine du page-turner…car les pages défilent sans que l’on s’en aperçoive, et le suspens est incroyable.

La jeune narratrice anonyme du roman épouse Max de Winter, un riche veuf propriétaire de la célèbre demeure de Manderley, quelque part en Cornouailles. Sa précédente épouse, la ravissante et parfaite Rebecca, est décédée une année plus tôt dans des circonstances tragiques, son bateau s’étant retrouvé prisonnier d’une terrible tempête qui sera fatale à son capitaine. Mais lorsque la toute jeune épouse arrive à Manderley, elle découvre que si Rebecca est bel et bien morte, son souvenir hante toujours les lieux. Que ce soit dans ses objets personnels toujours éparpillés dans la demeure, ou par la présence angoissante de la gouvernante, Mrs Denvers, qui a préservé à l’identique la chambre de sa défunte maîtresse et semble vouloir nuire à la nouvelle arrivante, Rebecca semble ne pas vouloir laisser sa place.

La narratrice, persuadée que même son époux, et les proches de celui-ci, ne la trouvent pas à la hauteur de la somptueuse et charismatique défunte dont tout le monde fait perpétuellement l’éloge, semble condamnée à vivre dans l’ombre d’un mariage parfait, que rien ne saura jamais égaler, quels que soient ses efforts.

Pourtant, le jour où le bateau de Rebecca est par hasard remonté à la surface, et qu’un corps est découvert enfermé dans sa cabine alors que la dépouille de Rebecca est censée reposer dans la crypte des de Winter, l’impeccable vernis se craquèle. À qui appartient ce cadavre? Qui était réellement Rebecca? Est-elle vraiment morte dans une tempête comme tout le monde le pense?

« Last night I dreamt I went to Manderley again…« , ainsi commence le roman, invoquant le rêve, la frontière poreuse entre le rêve et la réalité, entre la conscience et l’inconscient…S’inspirant largement de la tradition gothique, Rebecca joue avec les miroirs et les doubles, s’inspire de la folle dans le grenier de Jane Eyre, se charge de mystères, de non-dits, de lourds secrets, de pulsions inavouées et inavouables, d’une féminité dangereuse et incontrôlable…C’est un délice à dévorer, et moi qui vais devoir m’y replonger à nouveau pour préparer mon cours, je me réjouis d’approfondir cette lecture et de rester, un peu plus, en compagnie de la ténébreuse et vénéneuse Rebecca…

Publicités

The Lord of the Flies – William Golding (1954)

photo-25

L’ennui mortel. Cela fait des semaines que je traîne ce roman comme un véritable boulet, avec pour seule envie celle de venir à bout de ses 200 misérables pages. Je ne parviens pas à me souvenir d’un autre roman qu’il m’aurait autant coûté de terminer. Pourtant considéré comme un grand classique, je m’attendais évidemment à prendre beaucoup de plaisir lors de cette lecture, mais la sauce n’a pas du tout pris avec moi…

Un avion de jeunes garçons s’écrase sur une île déserte. Et si, dans les premiers temps, une vraie petite société hiérarchisée parvient à s’organiser autour du charismatique Ralph, les enfants ne tardent pas à revenir progressivement à l’état sauvage. De petite tribu parfaitement organisée autour des chasseurs, des préposés au feu, le groupe d’enfants se scinde pour opposer deux clans, dont l’un -celui des chasseurs- devenu sanguinaire et dangereux. Les pires travers resurgissent: la cruauté, l’ignorance, la barbarie, le fanatisme, et tout ceci se concentre et se cristallise autour de la vénération de ladite Majesté des Mouches, une tête de truie coupée autour de laquelle les insectes s’agglutinent.

Évidemment ce texte n’est pas sans intérêt. Écrit moins de dix ans après la fin de la seconde Guerre Mondiale, j’imagine bien qu’il s’agit d’une réflexion autour de la barbarie humaine et de sa capacité à détruire ses semblables et ceux qu’il a jadis estimé. C’est un roman très sombre, très angoissant, qui donne l’impression d’être soi-même sale et ceci m’a beaucoup déplu. Le fait que les personnages soient de jeunes enfants y est évidemment pour beaucoup, d’autant que rien ne leur est épargné…Le style m’a également posé problème, il n’est pas parvenu à retenir mon attention et j’étais souvent bien incapable de lire plus de 5 pages à la fois, car je finissais par ne plus rien comprendre de ce qu’il s’y passait.

Un rendez-vous bien manqué…

(Titre français: Sa Majesté des Mouches)

Old Times – Harold Pinter (1971)

photo-23

Voilà une pièce bien curieuse! Je connaissais un peu Pinter pour en avoir joué des extraits lorsque je faisais du théâtre à l’université, mais je n’avais jamais été aussi déroutée par ce que je connaissais de lui! Ce texte m’a fait penser à bien des égards au film Mulholland Drive (si vous l’avez vu, vous comprendrez mieux la bizarrerie dont je parle!), et m’a assez plu pour cette même raison du coup…

Kate et Deeley sont mariés. Assis dans leur salon, ils attendent la venue d’une certaine Anna, une ancienne amie et colocataire de Kate. Une fois Anna arrivée, Deeley et cette dernière se mettent à parler du passé, Kate acquiesce, silencieusement. Ils parlent de l’époque où Kate et Anna vivaient ensemble, Anna raconte comment elle aimait emprunter la lingerie de Kate, comment elle a un jour retrouvé un homme en larmes dans la chambre de Kate, comment un soir, à une fête, elle était assise en face d’un homme qui n’a cessé de regarder sous sa jupe…

L’échange est étrange, Deeley n’est pas censé la connaître, et ne semble pourtant pas dupe. Lorsque Kate décide d’aller prendre une douche, Deeley prend les devants. Anna et elle se seraient déjà rencontrés, à la fameuse soirée. D’ailleurs à cette époque, Anna n’avait de cesse que de ressembler à Kate autant que possible, au point de vouloir usurper son identité. Anna nie tout. Et lorsque Kate sort de la salle de bains, et dit à Anna qu’elle se rappelle l’avoir vue morte…

La pièce se termine sans nous livrer beaucoup plus d’explications. J’ai eu l’impression d’une sorte de schizophrénie, où Kate et Anna seraient un seul et même personnage, véritablement scindé entre le passé et le présent, se racontant sans cesse une histoire afin d’essayer de rationaliser cette personnalité multiple. Une histoire où la jeune Kate timide aurait inventé l’audacieuse Anna, à l’aise avec le désir de Deeley, mais qui a besoin de Kate (d’où l’emprunt constant de lingerie) pour se rendre désirable, un peu comme si Kate échouait à cause d’Anna, et qu’Anna réussissait grâce à Kate…

Je ne sais pas si j’aurai autant de patience pour démêler les fils de cette pièce que pour Mulholland Drive sur lequel j’ai passé des heures à cogiter et à élaborer une théorie (j’étais jeune, j’avais du temps!), mais j’ai aimé me laisser emporter par ce trouble et cette incertitude. J’aime bien que l’on ne me donne pas toutes les clefs, qu’on me laisse dans le flou, que les choses ne soient pas nécessairement résolues. Et là, j’ai été servie!

Pièce lue dans le cadre du Challenge En Scène!

CategorieShakespeare