L’équation africaine – Yasmina Khadra (2011)

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Enfin du francophone! J’ai profité d’une visite de mes parents en territoire kiwi pour séquestrer les livres que ma mère avait apportés pour elle, et je me rends compte que lire en français me manque. J’adore lire en anglais, ça ne me demande pas plus d’effort, mais le français a su préserver un côté « loisir » que l’anglais ne possède malheureusement plus vraiment pour moi.

L’équation africaine est le deuxième roman que je lis de Yasmina Khadra, après Cousine K. Et depuis que j’ai refermé ce deuxième roman, je n’ai qu’une hâte: rentrer en France pour me procurer le reste de sa production littéraire, et la dévorer.

Ce livre a pourtant commencé par me hérisser le poil. La langue du premier chapitre m’a semblé d’une artificialité irritante, avec son alternance de langue « parlée » et de langue « littéraire » à la limite du ridicule. Les phrases étaient trop travaillées, manquaient de naturel, de fluidité, contrastaient de façon ingrate avec cette autre langue « de tous les jours ». Bref, j’avais l’impression de retomber sur de vieux poèmes écrits à l’adolescence, lorsque je croyais encore que la poésie, ce n’était que de beaux mots un peu sibyllins mis à la suite les uns des autres.

Et à partir du deuxième chapitre, tout a basculé. La langue, en même temps que l’histoire. Elle est soudainement devenue juste, vraie, subtile, sans pitié, magnifique. J’étais conquise.

L’histoire de ce médecin allemand, écrasé de douleur à la suite du suicide de son épouse adorée, et qui se fait enlever par des pirates au large de la Somalie et découvre alors le vrai visage de l’horreur a vraiment résonné en moi. Le roman, d’ailleurs, n’est pas sans rappeler Heart of Darkness de Joseph Conrad. Le héros de Conrad se nomme Kurtz, celui de Khadra, Kurt. Tous deux font l’expérience de ce qu’il y a de pire dans l’humain: la bestialité, l’inhumanité, l’arbitraire de la violence, l’incapacité de reconnaître l’Autre, qui n’est après tout que le reflet de sa propre barbarie.

La question revient, en permanence. Qui est la victime, qui est le bourreau? Cette distinction n’est-elle pas une question de référents, de culture? Qu’est ce qui fait de nous un homme, ou un monstre? Et qui a le droit de dicter les règles du jeu, dans cette terre de non-droit qu’est l’Afrique telle que la dépeint Khadra?

Les réponses sont tellement plus compliquées qu’il n’y paraît de prime abord…