State Ward – Alan Duff (1994)

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Charlie, 13 ans, à moitié maori, est envoyé en maison de correction après avoir agressé l’un de ses enseignants. L’absence de ses parents lors de son jugement a tranché: Charlie a besoin de structure et sera donc envoyé dans une institution spécialisée.

Une fois sur place et malgré son envie initiale de fuir à la première occasion, Charlie découvre qu’il n’est finalement pas si mal traité que cela. En tout cas, cela vaut toujours mieux que sa famille, une famille dans laquelle son père tape sur sa mère, sa mère sur ses enfants, et où il n’y a jamais rien à manger à la maison. Au moins, ici, Charlie mange a sa faim, dort dans un pyjama propre, gagne un peu d’argent pour s’acheter des friandises. Et il a des amis. Des jeunes garçons qui comme lui, n’ont que la violence pour moyen d’expression, et ont tous des passés plus terribles les uns que les autres.

Dans la cellule d’isolement dans laquelle il débute son séjour en maison de correction, Charlie est comme fasciné par un prénom, gravé partout sur le rare mobilier, « George »…Qui est George? Et pourquoi a t-il gravé, à côté de son prénom, le mot « fantôme » qui fait si froid dans le dos à Charlie?

Lorsqu’il rejoint le dortoir commun, Charlie fait la connaissance de George, et l’aime instantanément. George est de loin de plus fort de tous les garçons, mais n’en use que lorsque c’est nécessaire. Pas comme toutes ces petites frappes qui tentent de semer la peur dans le coeur des plus faibles. George est maori, et parle maori, ce qui est rare. Il parle excessivement mal anglais, ce qui est encore plus rare. Mais surtout, George a été maudit par sa tribu. Maudit, car sa famille se serait servi du bois destiné à la maison du village pour construire la leur. Toutes les nuits, un fantôme rend visite à George dans ses rêves, qui lui intime de courir sans jamais s’arrêter…

Lorsque George propose à Charlie de s’enfuir dans la voiture de l’odieux surveillant général, Charlie n’hésite pas une seconde. Sans pour autant savoir ce que George a derrière la tête…

Roman lu dans le cadre du challenge Littérature du Commonwealth.

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The Windeater – Keri Hulme (1986)

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Cette chronique risque d’être bien courte, tant ce recueil de nouvelles me semble impossible à contenir parfaitement dans un seul article général…

Keri Hulme est assurément l’un des auteurs les plus singuliers qu’il m’ait été donné de lire. Et l’un des plus mystérieux aussi. Je l’ai découverte en Nouvelle-Zélande bien sûr, même si son Booker Prize 1985 l’a rendue visible aux yeux du monde entier avec le roman The Bone People (un vrai chef d’oeuvre, chroniqué ici), elle qui déteste le feu des projecteurs. J’avais alors pris une claque magistrale, tant ce roman est fabuleux et atypique. Et c’est d’autant plus frustrant que The Bone People est le seul roman de Hulme; j’ai donc du essayer de mettre la main sur l’un de ses deux recueils de nouvelles, The Windeater.

Encore une fois, je m’attendais à tout sauf à ça. Aucune continuité, ni dans le ton, ni dans la forme. Des nouvelles réalistes, des nouvelles fantastiques, des nouvelles qui ressemblent davantage à de la poésie, d’autres qui prennent la forme d’un script. Un seul point commun, une cruauté terrible. La vie humaine est bien peu de chose, pour Hulme. La vie tout court d’ailleurs, car même les animaux ne sont pas épargnés. Et l’humain lui aussi est cruel, carnassier, prédateur, sanguinaire, à l’image de la narratrice anciennement internée de la nouvelle « Kiteflying Party at Doctor’s Point », qui d’un habile coup de cerf-volant, percute volontairement une enfant.

On referme ce recueil comme on émerge d’une série de rêves disparates et décousus, absurdes et pourtant si poétiques dans leur absurdité. La langue de Hulme est fabuleuse, elle jouit d’une liberté phénoménale. J’y retrouve ce que j’avais tant aimé dans The Bone People, à savoir le côté écorché, la rugosité, l’inhospitalité; le scalpel qui tranche dans les chairs humaines à la recherche du plus laid. Et qui y trouve, bien souvent, le plus beau.

Recueil lu dans le cadre du challenge Littérature du Commonwealth.

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Dreamboat Dad – Alan Duff (2008)

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Dans une petite ville très touristique de Nouvelle-Zélande, Waiwera, connue pour son activité géothermale délirante et ses sources chaudes qui font le bonheur des locaux comme des touristes, Mark, un jeune adolescent, vit une vie plus ou moins paisible.

Surnommé Yank depuis son enfance, Mark est en fait le fruit des amours fugaces et secrets de sa mère, une magnifique Maorie dont la beauté est admirée de tous, et d’un soldat américain en garnison en Nouvelle-Zélande pendant la Seconde Guerre Mondiale. Au retour du front, le mari de Lena trouve cet enfant illégitime, à qui il n’adressera jamais la parole. Mais Mark est un enfant heureux. Adulé par sa mère, intelligent, ambitieux, Mark veut devenir musicien et surtout, nourrit une admiration sans bornes pour ce père inconnu qu’il imagine comme John Wayne, ou encore comme Elvis, son idole.

Lorsqu’un jour Lena reçoit une lettre de Jess, son ancien amant, elle n’en revient pas, et décide de lui annoncer l’existence de ce fils qu’il n’a jamais connu. Une relation épistolaire s’installe alors entre le père et le fils, occasionnellement ponctuée d’envois de vinyls de jazz, que Jess apprécie particulièrement et souhaite faire découvrir à son fils. Ponctuée aussi d’envois d’argent, qui poussent Mark à croire que son père est véritablement un « vrai américain », beau, charismatique, et riche.

Sa surprise est totale le jour où Lena lui montre une photographie de son père…et où Mark découvre que Jess n’est pas blanc, mais noir.

Dreamboat Dad est une belle histoire sur la construction identitaire d’un jeune Maori qui ignore tout d’une partie de ses origines et découvre qu’elles sont bien plus complexe qu’il ne l’aurait pensé. Car la ségrégation faire rage aux Etats-Unis après la Seconde Guerre Mondiale, les lynchages sont courants, le Ku Klux Klan terrorise les états du sud. Un voyage dans le Mississippi va faire découvrir à Mark l’horreur du quotidien de son père, de même que les choses qui le lient à la culture noire américaine. De bar en bar, de concert de jazz en concert de jazz, Mark s’immerge dans la culture musicale afro-américaine et comprend enfin d’où il vient, et ce qu’il est.

Jusqu’au jour où une altercation avec des membres du Klan transforme ces heureuses retrouvailles en fin tragique…

Il s’agit du troisième roman que je lis d’Alan Duff en quelques mois (après Once Were Warriors et What becomes of the Broken Hearted?), et encore une fois, je suis totalement séduite par la subtile façon dont il aborde les questions d’identité chez les Maoris. Couplée aux questions identitaires noires-américaines aux lendemains de la Seconde Guerre Mondiale, ceci en fait un roman assurément fort et poignant. Trois autres romans de Duff m’attendent sagement dans ma bibliothèque, je ne devrais pas trop tarder à vous en parler…

Roman lu dans le cadre du challenge Littérature du Commonwealth.

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