Cry, the peacock – Anita Desai (1963)

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J’ai maintenant lu un nombre certain d’ouvrages par Anita Desai, mais n’en suis même pas à la moitié de son oeuvre, me rends-je compte! En revanche, je remarque que ses premiers écrits me touchent en général beaucoup plus que les derniers. Une fois n’est pas coutume, Cry, the Peacock m’a bouleversée. Premier ouvrage de l’auteur, il est bien plus psychologique et intime que tout ce que j’ai pu lire d’Anita Desai jusqu’ici.

Maya, mariée depuis presque quatre ans à Gautama, un avocat et bourreau de travail, perd soudainement son animal de compagnie, un petit chien blanc baptisé Toto. Ce traumatisme déclenche en elle un véritable raz-de marée émotionnel, que les convenances et le pragmatisme de Gautama peinent à contenir. Elle se remémore à cette occasion une prédiction qu’un sorcier albinos lui avait fait dans son enfance: quatre ans après son mariage, la mort se manifesterait.

Hantée et obsédée par ce souvenir, Maya s’enfonce chaque jour un peu plus dans des délires enfiévrés et une folie qui la consume. Son statut de femme indienne mariée devient source de tourments, son oisiveté forcée devient source de critiques de la part de Gautama, et sa vision éminemment poétique de l’existence est en parfaite opposition avec les obsessions utilitaristes de son époux. Maya est une rêveuse, qui ne vit jamais tant que lorsqu’elle ne fait précisément rien d’autre que d’observer la vie et son cours, la nature, les saisons, la beauté. Capable de passer des heures dans son jardin dans une plénitude synesthésique, elle souffre de la vanité que lui reproche son mari qui lui, selon elle, ne se rend même pas compte qu’il existe. Véritable poète en quelque sorte, elle souffre de cette existence pour laquelle la vie n’a pas de place, car personne autour d’elle ne peut concevoir que la clef du bonheur soit cette communion intense et totale avec chaque manifestation de la vie.

Au fur et à mesure que Maya se convainc que la vie qu’elle souhaite mener la sauvera, elle s’enfonce davantage dans la folie, folie qui se mélange au son omniprésent des cris des paons, qui en Inde, sont annonciateurs de mort. Puis, une fulgurance vient soulager Maya: après tout, l’albinos n’a pas parlé de sa mort à elle. Peut-être n’est-ce pas elle, la victime de la prophétie, peut-être s’agit-il de Gautama après tout…

L’issue de se roman ne pouvait être autre que tragique. Mais elle  est également « tragiquement sublime », car évidemment, rien n’est jamais plus beau que le tragique…Le destin de cette femme rappelle celui des femmes indiennes, condamnées à une vie en captivité, une vie désoeuvrée, sans but, dont la seul forme d’individualité (une vie intérieure foisonnante ou une sensibilité exacerbée) ne peuvent mener qu’au désastre total. Par beaucoup d’aspects, ce roman ressemble à la plume de Virginia Woolf. On retrouvait cette ressemblance dans d’autres romans plus tardifs mais la filiation est ici indéniable – pour mon plus grand plaisir.

Ce roman n’a pas été traduit en français.

Roman lu dans le cadre du challenge Littérature du Commonwealth.

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The Red Badge of Courage – Stephen Crane (1895)

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Contrairement aux apparences, ce blog n’est pas en pause. Du moins, pas volontairement. Depuis le mois de janvier, je suis pour ainsi dire en apnée et si les occasions de lire ne manquent jamais, celles de venir en parler sur ce blog se raréfient de façon bien frustrante! La thèse me prend beaucoup de temps et il est vrai que mes lectures sont bien souvent savantes et peu distrayantes.

Je résiste, et m’entête à m’accorder quelques instants de lecture « plaisir » malgré tout, mais j’avance du coup très très lentement.

Je viens de refermer The Red Badge of Courage de Stephen Crane, 150 pages que je pensais dynamiter en 2 jours, et qui m’en ont pris près de 15…

Écrit en 1895 alors même que l’auteur n’a jamais vécu du temps de la Guerre de Sécession, ce court roman narre l’entrée dans l’armée du jeune Henry Fleming, qui rejoint de son plein gré les troupes nordistes. Le coeur empli de fierté à l’idée de défendre son camp, Henry rêve de valeureux faits d’armes, de blessures imposant le respect, de courage et de bravoure. Il est bien loin de se douter que la guerre elle-même n’a que très peu à voir avec la propagande que l’on bâtit autour d’elle.

Assez vite, le doute le saisit. Aura t-il le courage d’aller au combat, lorsque le moment se présentera? Aura t-il la force nécessaire pour dresser son corps en rempart contre le feu des sudistes?

Lorsque le premier combat s’annonce, Henry fuit. Mort de honte, il s’évertue à cacher ceci à ses camarades, qui eux reviennent blessés de ce premier affrontement. Puis, une nouvelle opportunité se présente, durant laquelle Henry obtient enfin sa première blessure. Mais il s’agit d’une blessure bien honteuse: un coup de baïonnette donné par mégarde par l’un des soldats amis…Qu’importe, personne n’est censé le savoir, et Henry se gargarise d’avoir soit disant réussi à échapper à une balle. Jusqu’au troisième combat, où Henry va peut-être enfin avoir l’occasion de faire honneur à l’Union…

Ce n’est pas un roman terriblement passionnant. Dans la lignée des récits de guerre, la seule différence est ici que l’auteur s’est concentré sur la psychologie du personnage davantage que sur les événements eux-mêmes. De façon assez novatrice, l’auteur nous livre le ressenti d’un jeune homme qui se retrouve propulsé au beau milieu de l’horreur, de la mort et de la douleur. Ce roman reste tout de même un roman remarquable au niveau de la force du récit: Stephen Crane, tout en n’ayant lui-même jamais connu la guerre, a su livrer une version plus que convaincante des atrocités de celle-ci, et du traumatisme encouru par ses participants.

(Titre français: La Conquête du Courage)

Vingt-quatre heures de la vie d’une femme – Stefan Zweig (1927)

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Ado, j’avais été soufflée par Le Joueur d’Echecs, du même auteur. Du coup, j’en attendais beaucoup de Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, qui passe souvent également pour être un petit chef-d’oeuvre. Peut-être était-ce la brièveté du roman, peut-être était-ce son côté un peu daté, peut-être ai-je trouvé que cette écriture masculine rendait mal le récit d’une expérience féminine…je n’ai pas été emportée par ce court roman.

Lors de vacances sur la Côte d’Azur, dans une pension où des aristocrates se côtoient, le scandale éclate: une femme a soudainement disparu et quitté son mari, pour suivre un jeune homme inconnu rencontré une journée auparavant. Opposé à tous les bien-pensants, le narrateur est le seul à prendre la défense de cette femme. Après tout, il est des événements dans la vie qui justifient de quitter tout ce à quoi on a cru, et la passion en fait partie.

Ce faisant, il attire l’attention de la doyenne du petit groupe de vacanciers, qui le somme mystérieusement de venir la retrouver, le soir-même, dans sa chambre, afin de lui faire part de quelque chose qu’elle n’a jamais livré à quiconque…

Elle lui confie alors le récit de 24h déterminantes dans sa vie de veuve, alors qu’elle était en tous points une femme rangée et respectable. Désireuse de soulager sa conscience, elle retrace sa furtive rencontre avec un jeune homme, croisé dans un casino, où elle est comme happée par la fièvre qui semble animer le jeune joueur. Fébrile, presque en transe, il joue ses derniers biens, tentant de se refaire, et bien évidemment, perd tout. Elle observe ses mains, toutes au jeu, de même que son esprit, et est fascinée, envoûtée par le combat qui se livre dans l’esprit et dans le corps de ce jeune homme. Elle décide de le suivre, convaincue qu’ainsi dépouillé, il va tenter de mettre fin à ses jours. Après une nuit aussi chaste qu’intense passée dans un petit hôtel à tenter de sauver la vie de ce jeune homme, elle le quitte au petit matin, non sans lui donner de l’argent pour lui permettre de rentrer chez lui le jour-même.

Et cette femme, qui jusqu’ici n’avait rien d’autre que souhaité aider cet homme en perdition, se rend compte de la passion qui l’anime. Une passion irrationnelle, puissante, brûlante, un besoin impérieux d’être près de cet homme qui n’a aucune autre raison de vivre qu’elle. De peu, elle rate de train qui devait le ramener vers les siens, et de désespoir, se rend au casino où avait eu lieu leur rencontre, afin d’essayer de retrouver, au moins un peu, sa présence.

C’est lui, en chair et en os, qu’elle retrouve assis à une table de jeu, jouant les quelques billets qui devaient lui permettre de rentrer chez lui. Et lorsqu’elle tente de le ramener à la raison, l’impensable se produit: il la couvre d’injure et la somme de partir, car elle lui porte malchance. Abasourdie, blessée, humiliée, le coeur brisé, la narratrice renonce à cet homme, et quitte le pays…

Ce roman avait tout pour me plaire, et à en reparler ici, je me rends compte à quel point il est bouleversant. Mais finalement, je crois que c’est le personnage masculin qui m’a le plus interpellée, et sur lequel j’aurais aimé en apprendre davantage…