Broken Verses – Kamila Shamsie (2005)

photo-28

Une grande première pour moi, puisque c’est la première fois que je lis un roman pakistanais (tant de choses à découvrir, si peu de temps!), et il s’agit sans conteste de l’un des meilleurs romans découverts ces derniers temps.

Aasmaani, une trentenaire un peu sauvage à la verve acérée, porte en elle une grande douleur. Sa mère, une célèbre activiste féministe également connue pour sa relation extra-conjugale avec un poète engagé, a un beau jour disparu sans laisser de traces. On l’aurait vue, pour la dernière fois, marcher vers l’océan, d’où elle n’est jamais revenue. Aasmaani, presque quinze ans après cette disparition, est toujours hantée par cet abandon, dont elle ne se remet pas. Elle ressasse en permanence sa jeunesse passée en l’absence de cette mère aussi adulée que haïe par les foules, et qui, aux côtés de celui que l’on appelait « Le Poète », faisait des ravages en politique comme dans le monde des idées et du droit des femmes. Connus pour leur histoire d’amour passionnée comme pour leur plume assassine; le corps du Poète sera pourtant retrouvé sans vie au beau milieu d’un champ, battu à mort par des inconnus. C’est ce décès aussi soudain que violent, qui poussera la mère d’Aasmaani dans une dépression dont elle ne sortira jamais.

Aasmaani, elle, se complaît dans une existence tiède et monotone. À vif, elle tient à distance tout ce qui serait susceptible de la toucher. Pourtant, lorsqu’elle trouve du travail dans une chaîne de télévision qui s’apprête à filmer le grand retour sur le petit écran d’une célébrité nationale, Shehnaz Saeed, également ancienne amie de sa mère et du Poète, sa vie bascule. Elle rencontre Ed, le fils de Shehnaz, avec qui elle partage l’enfance difficile de ceux qui se voient donner des parents à partager avec tant d’autres. Réunis par leurs blessures d’enfance, Aasmaani et Ed se rapprochent, tandis que subitement, Shehnaz se met à recevoir des lettres anonymes écrites dans un code que seuls Aasmaani, sa mère, et le Poète, connaissaient, et que ces deux derniers utilisaient lorsque le Poète, emprisonné, cherchait à échapper à la censure. Aasmaani, seule capable de les déchiffrer, pense d’abord à une imposture, avant de mettre le doigt dans un engrenage aussi vaste que dangereux: le Poète ne serait pas mort, il serait retenu captif par des inconnus, et tenterait d’entrer en contact avec la mère d’Aasmaani par le biais de Shehnaz Saeed.

C’est un roman d’une incroyable richesse, et mon court résumé ne lui fait pas honneur tant il est complexe et traversé d’une infinité d’histoires parallèles jamais accessoires. J’ai été surprise de trouver un roman aussi drôle, qui sache pourtant allier une telle profondeur, et de tels beaux moments de poésie et de grande émotion. Certains passages sont véritablement bouleversants de justesse, et de beauté dans le choix des mots et des images.

L’histoire d’Aasmaani est celle d’une quête éperdue d’espoir, de réponses, mais aussi d’amour, une quête qui nécessitera qu’elle accepte de faire descendre de leur piédestal tous ces monstres sacrés qui ont peuplé son enfance, et de reconnaître leur humanité, et leur faillibilité

(Le roman n’a malheureusement pas été traduit en français)

Roman lu dans le cadre du challenge Littérature du Commonwealth.

logo-challenge-littc3a9rature-culture-du-commonwealth