Mating Birds – Lewis Nkosi (1986)

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Depuis sa cellule, en prison, un jeune sud-africain écrit ses mémoires. Accusé d’avoir violé une femme blanche, il tente par le biais de ses confessions de rétablir la vérité avant d’être mené à l’échafaud.

Renvoyé de l’université pour avoir dénoncé le racisme de l’un de ses enseignants, le jeune homme erre sur une plage, lorsqu’il aperçoit Veronica, une magnifique jeune femme blanche, lascivement allongée sur sa serviette de plage. Fasciné, il entreprend de la regarder, discrètement, depuis l’abri tout relatif que lui procure cette portion de plage « pour les noirs ». De l’autre côté, sur le bout de plage cette fois-ci réservé aux blancs, Veronica se prend au jeu, et semble prendre un certain plaisir dans la présence de cet homme, visiblement sous son charme.

A l’exception de quelques mots d’excuses échangés lors d’une rencontre inopinée devant une boutique, aucun mot ne sera prononcé. Le rendez-vous se fait quotidien, Veronica sur la plage des blancs, le jeune homme sur la plage des noirs, tous deux aussi proches que possible de la ligne de séparation, tentant toujours de cacher aux autres baigneurs le trouble qui les habite. Et le regard entreprend de compenser l’absence de parole, dans une société où l’interaction verbale est proscrite entre hommes noirs et femmes blanches.

Jour après jour, l’obsession du jeune homme pour Veronica s’accentue, à mesure que celle-ci lui dévoile son corps à demi-nu offert au soleil brûlant de l’Afrique du Sud. Des bretelles qui glissent sur des épaules dorées, un sein subtilement révélé. La tension sexuelle qui s’installe entre les deux protagonistes devient insoutenable pour le jeune homme qui ne vit plus que pour ces entrevues érotiques volées au nez et à la barbe de l’Apartheid. Lorsque Veronica n’honore pas ce rendez-vous, le jeune homme devient comme fou, et ne peut résister au désir d’aller l’observer chez elle. Veronica le sait, le voit, et sa vanité s’en amuse. Elle rayonne, et fait celle qui ne se doute de rien.

Lors de leur dernière entrevue sur la plage, ce désir mutuel culmine dans un orgasme « à distance », chacun sur leur côté de la plage. Et lorsque, une fois rentrée chez elle avec le jeune homme sur ses talons, Veronica s’offre enfin dans une étreinte aussi intense que maladroite, cette dernière se met à hurler, sans que n’on ne comprenne jamais pourquoi.

Lewis Nkosi, exilé d’Afrique du Sud pendant près de quarante ans pour avoir dénoncé le régime de l’Apartheid, décrit dans ce roman l’injustice d’un régime politique pour lequel la vérité n’a aucune place, et dans lequel la séparation blancs-noirs est aussi arbitraire que sans appel. Condamné par les mensonges de Veronica, qui se défend d’avoir jamais voulu séduire un homme noir et se présente en victime d’un viol atroce, le personnage principal fait l’expérience du silence absolu dans lequel sont confinés les sud-africains. Soumis aux blancs qui détiennent l’autorité politique aussi bien que linguistique, par le biais de cette hypnotique et menaçante pancarte clamant « plage RÉSERVÉE aux blancs », le jeune homme sans nom n’a d’autre choix que d’accepter sa mort, inéluctable.

(Titre français: Le Sable des Blancs)

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10 réflexions sur “Mating Birds – Lewis Nkosi (1986)

  1. Les mots me manquent devant tant d’injustice! Et cette Veronica… pfff, je préfère me taire! Peut-être crie-t-elle d’avoir cédé et ses envies malgré le poids de l’apartheid? D’être passée du fantasme pur à une réalité indicible pour les femmes blanches et en vertu de l’éducation et des idées qu’on lui a inculqué…

    • C’est effectivement incompréhensible, mais je crois que ses motifs à elle importent peu…Dans tout les cas, qu’elle soit un monstre de manipulation ou une pauvre fille qui n’assume pas ses actes, devant le juge, elle a de toute façon raison, puisqu’elle est blanche, et que l’homme est noir…Je crois que c’est cela que Nkosi cherche à montrer. Le langage, la capacité à argumenter, à raisonner, ne sont d’aucune aide pour les noirs d’Afrique du Sud, qui sont de facto maintenus dans le silence et rendus silencieux par le gouvernement. C’est révoltant, mais c’est un livre incroyable. Nkosi a une maîtrise exceptionnelle de la langue et ses descriptions sont à la fois sublimes et malsaines. A lire!

      • Oui, oui, bien entendu que ses motifs sont bien peu de choses par rapport au propos, à la démonstration de l’auteur!
        Cela me fait penser aux discussions que nous avons eues, au lycée, en cours, après avoir étudié « Cry,the beloved country » dont je me souviens assez peu d’ailleurs. Peut-être faudrait-il que je le relise? Quant à celui-ci, bien entendu que je l’ai noté comme « à lire », comme 99 % de ce que tu as présenté jusqu’à partagé avec nous ici ! 😉

  2. Ô rage, ô désespoir, il semblerait que je doive lire celui-ci en français. Quelle déception! En effet je le trouve en ligne en anglais, d’occasion, à 36 €. Quant à « The crocodile », plus d’une centaine d’euros en occasion – mais bien sûr! – et indisponible en français…

  3. Choisi et commandé 😉 0,76 € seulement!!! (bon plus les frais de port ça fait 8 € mais c’est relativement peu, surtout pour un livre en VO). Merci pour le conseil 😉

    • C’est une mine d’or ce site!! (il faut regarder et comparer parfois entre le .fr et le .com, pour essayer d’economiser sur les frais de port justement!)

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